Sociotopes de Bretagne (6) : la mer

Après les menhirs, le placitre de chapelle, le calvaire, la plage et la pelouse aérohaline, et en attendant le fest-noz, intéressons-nous à la mer comme sociotope. Je n’aurais jamais eu l’idée de traiter ce thème a priori saugrenu, jusqu’à ce dimanche 9 mai où je me trouve sur une plage morbihannaise en train d’observer la pratique du longe-côte.

Cette activité très en vogue, qui se pratique le plus souvent en groupe, consiste à marcher dans l’eau éventuellement sur de longues distances et par n’importe quel temps, car la combinaison en néoprène permet d’affronter des températures frisquettes. Jusque là il n’y a guère de quoi retenir notre attention, mais je remarque que le bruit des vagues qui déferlent n’arrive pas couvrir un autre bruit, celui des conversations. Et, malgré l’aspect assez uniforme desdites combinaisons, je ne tarde pas non plus à remarquer que cette pratique est, ici au moins, quasi exclusivement féminine. Il y a là en tout 37 dames qui s’activent gaiement dans une eau à 12° tout en bavardant, d’où je conclus qu’il s’agit là d’une pratique éminemment sociale, au même titre que la randonnée terrestre, qui est aussi une pratique très féminine lorsqu’elle est pratiquée en groupe. J’ai d’ailleurs remarqué qu’on entend souvent les groupes de randonneuses avant de les voir, ce qui rappelle qu’en France comme dans les autres pays latins, la nature a une fonction d’espace de conversation (lire ici dans ce blog à propos du « salon vert ») et que certaines pratiques sportives de plein-air sont des prétextes à socialiser tout en brûlant quelques calories pour l’hygiène. Une longe-côteuse qui m’est proche me confirme que cette pratique réunit des groupes de copines, éventuellement collègues durant la semaine, qui aiment se retrouver là chaque dimanche matin.

Mais au fait, où sont les hommes ? Comme j’ai du temps devant moi, et que j’ai pris de quoi écrire, je décide de recenser par sexe tous les usagers du littoral sur une distance d’un kilomètre, et je m’aperçois que sur 309 personnes, il y a 55 % de femmes. En fait, leur proportion est même bien plus élevée jusqu’à ce que pour finir, je tombe sur deux groupes de messieurs (30 en tout) jouant au ballon sur une plage – l’un au rugby, l’autre au foot. Ce qui me permet de prendre la photo ci-contre, sur laquelle on peut voir 18 femmes faisant du longe-côte dans l’eau et 18 hommes jouant au rugby sur la plage. Des pratiques bien « genrées », pour reprendre un terme à la mode, mais le même plaisir de se dépenser et de s’amuser entre ami(e)s.

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