Faut-il « dégenrer » le barbecue ?

Madame Sandrine Rousseau, députée écologiste (EELV), a récemment consolidé sa notoriété nationale pour avoir dénoncé comme entaché de virilité le tandem du barbecue et de l’entrecôte (son propos exact était « Il faut changer de mentalité pour que manger une entrecôte cuite sur un barbecue ne soit plus un symbole de virilité »). Voilà un sujet qui nous intéresse, car nous avons souvent signalé l’importance du barbecue dans la vie sociale des espaces de plein-air et souligné ses vertus œcuméniques et intégratrices.

On ne peut que donner raison à Mme Rousseau quant à l’aspect « viril » de la chose. Nous avons vu dans ce blog que depuis le Paléolithique, le barbecue est à peu près la seule activité culinaire à laquelle l’homme moyen puisse se consacrer sans avoir l’impression de déchoir, car il associe la manipulation du feu (voir Bachelard, Psychanalyse du feu, chapitre IV « Le feu sexualisé ») et celle de la viande rouge (voir Barthes, Mythologies, le passage consacré au steak). Cette activité déjà fortement chargée en symboles peut d’ailleurs être pimentée par le défi très viril que constitue le ranimage d’un barbecue en y versant de l’essence : quelle femme serait assez stupide pour avoir envie de se transformer en torche vivante ?

Là où je ne suivrai pas forcément l’honorable parlementaire, c’est sur le côté valorisant du barbecue. Quel intérêt peut-on trouver à touiller des morceaux de vache de réforme au milieu de la fumée et des graillons, alors qu’on peut se livrer aux plaisirs de la conversation à la table à côté autour d’un saladier ? Comme jadis le robot de cuisine Moulinex, le barbecue « libère la femme » en ce qu’il lui offre le meilleur du pique-nique (profiter du lieu et des autres) pendant que des braves cornichons en sueur tentent de faire cuire leur entrecôte ou d’éviter la carbonisation des merguez.

Enfin, le propos de Mme Rousseau ne me semble pas très clair : s’agit-il d’éradiquer une bonne fois le barbecue et l’entrecôte, ou seulement de se débarrasser du « symbole de virilité » en incitant les femmes à prendre en mains elles-mêmes et le feu et la viande ? Si tel était le cas, on pourrait suggérer que soient utilisés comme allume-feu des ouvrages notoirement dégradants pour l’image de la femme – par exemple les chansons de Georges Brassens ou les contes de La Fontaine, qui n’ont peut-être plus leur place dans les Temps Nouveaux espérés par notre députée.

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