Les enfants comptent-ils moins que les espèces protégées ?

L’histoire se passe près d’une ville finistérienne, sur un site d’une vingtaine d’hectares de terres agricoles où sont prévus plus de 300 logements. Ce jour-là, plusieurs personnes représentant le maître d’ouvrage, les bureaux d’études, des services de l’État… se trouvent réunies sur le terrain, afin d’étudier les impacts environnementaux du projet. Et il s’agit plus précisément de savoir s’il va ou non falloir remplir le formulaire Cerfa 13614-01, puisqu’un reptile protégé a été trouvé dans le secteur. Alors que la réunion va s’achever, le sociotopologue de service, qui est officiellement engagé pour s’occuper du Cerfa 13614-01, soulève la question des espaces de jeux et de promenade. Car 300 logements, cela fait du monde, et le plan d’aménagement ne prévoit pour tout espace vert qu’une « plaine de jeux » (sic) de 800 mètres carrés coincée entre la station de bus et le bassin de rétention d’eaux pluviales.

Celle-là, personne ne l’avait vue venir car tout le monde était là pour le fameux Cerfa, et sûrement pas pour ces histoires de terrains de jeux dont une étude d’impact n’est pas censée s’occuper. Certes, le plan d’aménagement fait apparaître une jolie flèche en direction d’un bois limitrophe, mais ça ne prend pas, car le bois en question est privé et la commune n’a aucune intention de l’acquérir. Nous en tirons donc le constat qu’il est aujourd’hui possible de sortir des gros projets d’urbanisation offrant environ 1 m² d’espace vert par habitant, alors que l’OMS préconise 10 m², et que cela ne semble déranger personne – en tout cas pas les services de l’État, qui sont manifestement bien plus vigilants sur la protection du lézard vert que sur le bien-être des habitants d’un futur quartier urbain. Alors que tout un arsenal législatif et réglementaire a été édifié à juste titre pour assurer la préservation des espèces menacées, l’offre d’espaces verts est régie par une circulaire depuis longtemps tombée dans les oubliettes – celle du 8 février 1973, qui demandait d’offrir 25 m² d’espaces verts par habitant dans les opérations péri-urbaines, comme c’est le cas ici. N’est-ce pas un peu dommage ?

Date de l’article d’origine : 13 mai 2016.

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