A la campagne, des loisirs fédérateurs

On entend souvent dire que notre pauvre France serait divisée, éclatée, parcellisée, fractionnée entre des groupes sociaux qui s’enfermeraient dans leurs bulles respectives et ne partageraient plus grand-chose de commun. Sur ce sujet, le livre cité dans l’article d’hier, sur les loisirs en espace agricole, contient des éléments instructifs issus d’une enquête réalisée en 1994 dans trois communes d’Ille-et-Vilaine auprès de 267 personnes (Rennes, Pacé qui est une commune péri-urbaine, et Saint-Germain-en-Coglès qui est une commune rurale). Il était demandé aux participants d’indiquer les loisirs qu’ils pratiquent en campagne, dans la limite de cinq parmi les treize proposés, et les réponses ont été classées en fonction de l’âge et de la catégorie socio-professionnelle des personnes (voir tableaux ci-dessous).

Je retiens en particulier des résultats que les six activités les plus pratiquées concernent tout le monde de façon relativement égale quel que soit l’âge ou la CSP : ce sont la promenade, la randonnée pédestre, le cyclotourisme, la cueillette, le pique-nique et la pêche. Certes, on constate quelques variations (ainsi, contre toute attente, le très démocratique pique-nique est bien davantage pratiqué par les cadres supérieurs (53 %) que par les ouvriers (34 %)), mais on ne remarque pas de clivages nets à la différence d’activités physiquement ou socialement plus sélectives comme le VTT ou l’équitation.

Il n’y a sans doute là rien de fracassant, mais il est tout de même bon de rappeler que nos vertes campagnes sont des lieux où des gens de toutes conditions sont susceptibles de partager les mêmes lieux pour y pratiquer les mêmes activités. Ce constat m’offre d’ailleurs une feuille de route bien utile, car je débute demain une étude pour une commune rurale qui cherche à mettre en valeur son plan d’eau municipal. Si on veut que l’aménagement profite vraiment à tout le monde, on peut déjà s’atteler à promouvoir ces six activités – et soit dit en passant, le thème de la cueillette offre des possibilités d’innovation très intéressantes, en lien direct avec la biodiversité.

On pourra reprocher à cette enquête d’avoir étrangement délaissé le thème des jeux, alors qu’il est très prisé des enfants et des jeunes, et aussi d’avoir négligé le sexe des répondants. L’auteur est bien conscient de cette dernière faiblesse : « Au même titre que le choix d’une activité, le choix d’un espace de loisir peut dépendre du sexe. Globalement, on peut s’attendre à une plus grande fréquentation de l’espace naturel par les hommes, qui ont culturellement un rapport plus affirmé à l’extérieur », etc. Mais en 1994, on ne se préoccupait guère de ce genre de choses, tandis que l’approche des pratiques par le genre est heureusement plus courante aujourd’hui.

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