Vivre

Nous avons jadis présenté ici une douzaine de films « pour les amoureux des sociotopes », dont dix sélectionnés par Project for Public Spaces (PPS). Parmi ceux-ci figurait « Vivre », de Kurosawa, que je viens de découvrir. Le film débute par l’irruption, dans les bureaux d’une municipalité, d’un groupe de femmes qui réclament la création d’un parc de jeux pour enfants dans un quartier urbain déshérité et qui vont se faire balader d’un service à l’autre, avant que leur demande soit reléguée aux oubliettes. C’est là que l’on fait la connaissance du personnage central du film, un consciencieux bureaucrate qui après trente ans passés au milieu de la paperasse, découvre qu’il est malade et qu’il ne lui reste que quelques mois à vivre. Parce qu’il se rend subitement compte de l’inanité de son existence passée, le voilà confronté à la question du sens de la vie, ainsi qu’à la question de savoir à quoi consacrer le peu qui lui reste à vivre.

Après avoir essayé sans conviction les « divertissements » au sens pascalien du terme, qui ne font que l’enfoncer dans l’abattement, il va se souvenir de l’idée du parc de jeux, et décider de la mettre en œuvre. Alors que ses forces le quittent, il va devoir soulever des montagnes, et surtout secouer l’inertie de la bureaucratie japonaise. Il lui vient même cette folle idée de – je cite – « faire coopérer les services », qui jusque là s’appliquaient à enterrer les projets en se renvoyant la balle d’un bureau à l’autre – entre les domaines, la voirie, l’assainissement, la sécurité… mais bien sûr, cela se passe au Japon en 1952 et on ne verrait jamais de pareilles choses chez nous.

Le projet finit par aboutir, et notre homme mourra par une nuit enneigée alors qu’il se balance dans le parc en murmurant une chanson qui évoque l’urgence de vivre. Pour Kurosawa, « vivre » pleinement, ce n’est pas chercher le divertissement (revoilà Pascal), c’est d’abord « faire », et autant que possible au service des autres. Pas étonnant que les gens de PPS, qui aiment bien les « zealous nuts » (les zinzins dévoués), aient retenu ce chef d’œuvre, qui présente d’ailleurs des points communs avec le merveilleux « La vie est belle », de Capra.

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