Les confluents ne sont pas seulement des lieux où des cours d’eau se rejoignent. Souvent le public y conflue aussi, parce qu’on trouve là des sites singuliers pouvant présenter des attraits multiples, comme nous l’avons vu ici avec l’exemple d’Entraygues-sur-Truyère (et ici avec ce qui m’a semblé être un exemple d’opportunité gâchée à Oloron Sainte-Marie).
Voici un autre exemple glané récemment à Candes-Saint-Martin (Indre-et-Loire), au confluent de la Loire et de la Vienne (cette dernière, nous l’avons déjà vue toute petite ici). Ce site, qui s’étend aussi sur Montsoreau, constitue un admirable ensemble patrimonial, mais il y a là aussi un paysage harmonieux, que viennent contempler de nombreux visiteurs.
En ce début d’octobre anormalement chaud et sec, la Loire et la Vienne sont peu fringantes et découvrent de grands bancs de sable qui accueillent plusieurs familles. Des petits malins ont même pris un canoë pour se rendre sur la plage d’en face, quasi déserte. Plusieurs groupes achèvent de saucissonner sous les ombrages, on bavarde, des enfants jouent dans l’herbe, des gens pêchent à la ligne et d’autres les regardent faire, ou s’intéressent aux gabares amarrées le long du rivage. Au-dessus de la localité, un belvédère offre une vue panoramique sur le confluent, et là encore il se trouve des pique-niqueurs et des gens vautrés dans l’herbe.
Rien de très fracassant dans ces sympathiques observations, mais je me dis que dans ce pays où une abondante littérature plus ou moins digeste a été produite sur la « trame verte et bleue », personne à ma connaissance ne s’est encore intéressé à l’hypothèse de « co-occurrence (confluence ?) des valeurs patrimoniales et écologiques » dans lesdites trames. Derrière cette formulation un peu opaque se trouve l’hypothèse selon laquelle les sites à forte valeur patrimoniale (au sens culturel) auraient aussi une forte valeur écologique, et vice-versa. Serait-ce une affaire de géologie, de relief, d’hydrographie, ou tout cela à la fois ?
Cette idée a été étudiée dès 1964 aux États-Unis et elle a été exposée plus récemment par Jack Ahern dans « Ecological networks and greenways » (Cambridge University Press, 2004, 346 p.). On pourrait bien sûr ajouter aux valeurs écologiques et patrimoniales les valeurs d’usage social. Ayant eu à travailler sur de multiples études de trames vertes et bleues en Bretagne, Basse-Normandie et Pays de la Loire, j’ai souvent été frappé par la densité de sites patrimoniaux englobés dans ces trames ou jalonnant leur pourtour (typiquement, en Bretagne, des chapelles et leur fontaine implantées sur des têtes de cours d’eau, ou des châteaux sur des hauts de versants boisés). Voilà encore un beau sujet d’étude… Qui se lance ? Si quelqu’un est intéressé par l’article de Jack Ahern, voici ma traduction :




Ces confluences ont quelque chose de magique. Dans cet esprit, le Bec d’Allier…
J’y avais pensé car c’est un des grands confluents de ce pays, et au passage c’est toi qui me l’as fait découvrir, toutefois je n’en avais pas gardé le souvenir d’un sociotope à proprement parler (le « bec » lui-même est isolé, à 1,5 km de la route la plus proche). Par contre la rive gauche me semble avoir beaucoup plus de potentiel à cet égard (la même configuration qu’à Candes d’ailleurs, l’escarpement en moins), mais je ne l’ai pas vue, du moins pas sous cet angle à l’époque. Un bon motif d’y revenir !