D’un confluent à l’autre…

Vue du sud, à droite l’escalier côté gave d’Ossau.

Les confluents sont des sites singuliers qui peuvent être des sociotopes exceptionnels et que beaucoup de communes, grandes ou petites, ont soigneusement mis en valeur. L’année dernière, j’avais décerné mon Grand Prix du Meilleur Sociotope à la commune d’Entraygues-sur-Truyère pour son aménagement, au demeurant extrêmement léger, du confluent entre le Lot et la Truyère. C’est donc plein d’espoir que, visitant Oloron Sainte-Marie, je me dirige vers le confluent du gave d’Ossau et du gave d’Aspe, deux puissantes rivières qui dévalent des Pyrénées et se rejoignent juste sous le centre-ville pour former le gave d’Oloron. Mais là, je constate qu’une médiathèque relativement récente (2010) occupe l’intégralité de l’espace, d’une rivière à l’autre et jusqu’à la pointe de la confluence.

L’accès à la promenade côté gave d’Aspe.
Le point de vue sur la confluence.

Le bâtiment est élégant, et ceint de vastes vitrages qui doivent offrir aux usagers de la médiathèque une vue superbe sur le paysage. Mais pour ce qui est des sociotopes… L’espace extérieur se limite à un cheminement périphérique qui n’est accessible que par des escaliers, un de chaque côté, dont l’un s’enfonce dans une trémie en béton. Les gens ayant du mal à marcher sont déjà exclus de la promenade, ou alors il y a une solution pour eux mais je ne l’ai pas trouvée. La promenade elle-même, dominant les deux rivières, offre une belle vue mais elle est couverte par le bâtiment, puisque celui-ci arrive juste à l’aplomb des cours d’eau. D’où l’impression d’être dans une coursive un peu confinée, au plafond bas, mais au moins on est sûr d’être à l’ombre. Enfin, la pointe de la confluence n’est pas mise en valeur par un espace où l’on pourrait par exemple s’asseoir pour regarder le spectacle. Pas le moindre siège, il y a juste des graffitis d’ados qui témoignent que des gens viennent ici. Le contraste est saisissant avec Entraygues-sur-Truyère, qui n’a sûrement pas une aussi belle médiathèque mais qui offre un espace accueillant fréquenté à tout moment par toutes sortes de gens pour toutes sortes d’activités.

Préparant cet article, je recherche des informations sur la médiathèque et je m’aperçois qu’elle a remporté l’Équerre d’Argent 2011, le plus grand prix d’architecture en France. L’article du Monde relatant l’événement chante les louanges de l’édifice et signale que l’architecte « a su capter l’intelligence et la beauté du lieu ». Voilà qui me gêne un peu, car pour une fois que je peux présenter un confluent qui me semble totalement raté comme sociotope, il faut que je tombe sur une Équerre d’Argent, et évidemment je ne me sens pas de taille à argumenter face aux Professionnels de la Profession qui décernent ce prix. Cela me rappelle un article de ce blog raillant les architectures qui ont gagné un Grand Prix de Quelque Chose et qui, parfois, ont oublié le bien-être des gens dans les espaces extérieurs – alors que ce genre de considération pourrait peut-être entrer aussi dans « l’intelligence du lieu », non ?

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