Un dimanche à Civray

Je me suis souvent demandé ce que pouvaient bien faire le dimanche les habitants de toutes ces petites villes posées sur un plateau céréalier, où le seul élément de nature se résume souvent à une rivière paresseuse cachée derrière des fonds de jardins. La question ne se guère ici en Bretagne, où il est toujours possible d’aller à la côte pour regarder les bateaux ou ramasser des bigorneaux, mais comment fait-on au milieu du Poitou ou du Berry ?

Ce dimanche 8 août à 14 heures, me voici au centre de la ville de Civray (Vienne), qui présente les caractéristiques sus-décrites : du blé, du tournesol et du maïs tout autour, et une Charente maigrelette qui se traîne au milieu. Les deux places centrales sont vides, les cafés sont fermés, il n’y a rien qui ressemble à un jardin public, mais je repère un « espace François Mitterrand » qui est un parking avec de la verdure derrière et un panneau indiquant un départ de randonnées. Je suis donc ce fil conducteur et me voici au bord de la Charente, dans un bel environnement de prairies et de rideaux d’arbres. Pour le moment il n’y a pas grand-monde, des gens avec leur chien et quelques boulistes sur un parking, également des ados qui se bécotent à une table de pique-nique au bord de l’eau, quelque chose me dit que je tiens à la fois le « kissing place » local et le coin des ados, mais j’y reviendrai.

Il est encore un peu tôt (on aime bien traîner à table le dimanche, dans ce pays), et comme j’ai tout mon temps, j’en profite pour inspecter les lieux. Un petit pont piétonnier me conduit sur une île, et un panneau m’apprend que son aménagement en parc public a été réalisé par la commune avec la participation de la « Région Poitou-Charentes, La Dynamique Humaniste », du Département et de l’Europe. Il y a là des sentiers, des tables de pique-nique à foison, des postes de pêche pour certains un peu déglingués et des panneaux pédagogiques à demi effacés. Sur l’autre rive débute un parcours sportif qui se prolonge sur près d’un kilomètre jusqu’à une vaste prairie au bord de la rivière. J’échange avec un couple d’Anglais qui se balade avec leur petite-fille, laquelle teste toutes les installations l’une après l’autre. Ils résident dans la région et me déclarent, à propos de Civray, « We absolutely love this place ».

La prairie est dotée d’une quantité de jeux et d’équipements, dont un mini-golf, une tyrolienne, des toboggans, des bancs et des tables aussi bien à l’ombre qu’au soleil. L’accès à l’eau est médiocre, j’ai vu quelque part une allusion à une plage à cet endroit mais je ne la trouve pas, toutefois des enfants patouillent dans un bras de la rivière. Il est maintenant 16 h, l’espace se remplit, tous les jeux sont utilisés ainsi qu’une grande partie des tables et sièges, on pêche à la ligne sur la Charente et le sociotope tourne à plein régime, c’est donc ici que ça se passe. Le public est varié mais plutôt familial. Au retour, je photographie une famille de huppes ; la présence de ces oiseaux assez rares au bord du chemin confirme que dans les « trames vertes et bleues » protégées, tout le monde peut trouver son compte, le public comme la vie sauvage.

Était-ce mieux « avant » ? Le témoignage d’une personne qui vécut ici enfant, entre 1936 et 1946, me rappelle qu’à part marcher sur des routes de campagne, il n’y avait pas beaucoup de lieux où aller : seuls les pêcheurs et les chasseurs disposaient d’une certaine liberté de mouvement. Plus près de nous, dans son beau texte intitulé « Civray, ville complète », l’écrivain François Bon nous suggère que ce n’était guère mieux dans les années 1960 : son rapport avec les espaces ouverts, c’étaient des expéditions périlleuses en haut des murs de clôture des jardins, des virées à vélo et aussi, nouveauté notable, des balades en kayak sur la Charente. La création récente d’un grand parc naturel public le long de la rivière a changé tout cela : les habitants comme les visiteurs disposent désormais d’une nouvelle palette d’activités, de sensations et de plaisirs à portée de main. Non, ce n’était pas mieux avant.

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