Une leçon de bancs publics…

…administrée une fois de plus par l’ethnologue – urbaniste W.H. Whyte (The social life of small urban spaces), avec son humour coutumier (texte traduit spécialement pour ce blog, as usual)  :

« Les bancs sont des artefacts dont le propos est de décorer les photos d’architecture. Ils ne sont pas si bons que ça pour s’asseoir. Il y en a trop peu ; ils sont trop petits ; ils sont souvent isolés des autres bancs ou des endroits où il peut se passer quelque chose sur une place. Pire, les architectes tendent à dupliquer le même module place après place, même s’il n’a pas bien marché la première fois. Par exemple, les places Harrison et Abramowitz au Rockefeller Center sont excellentes à divers égards, mais le module de bancs auquel ils s’en sont tenus est délicieusement mauvais dans ses dimensions – 2,25 m x 0,48 m. Un rectangle plus grand fonctionnerait bien mieux, comme le montrent d’autres exemples dans les alentours.  

Les barrières technologiques à un meilleur design des bancs ne sont pas insurmontables. La première exigence, que les bancs aient une taille généreuse, est la plus facile à satisfaire. Des dossiers et des accoudoirs sont des accessoires qui ont fait leurs preuves. Le bon vieux banc de parc demeure un modèle préféré, parce qu’il offre tout cela.  

Les architectes se sont bien débrouillés avec les chaises, mais pour on ne sait quelle raison, ils se sont pris des gamelles avec les bancs. Le pire, c’est quand ils figent le dessin de leurs bancs dans du béton ; si certains de leurs postulats se révèlent erronés, il sera trop tard pour y remédier.

Pourquoi ne pas expérimenter ? Certains éléments, comme les murets ou les marches, sont intangibles, mais les bancs et les chaises n’ont pas besoin de l’être. Avec quelques bancs de bois bien costauds, quelques observations permettent facilement de voir quelles sont les dispositions qui marchent le mieux : les gens vous l’apprennent très vite. Nous avons pu constater que dès le deuxième jour, les modalités d’usage sont fixées et ne changeront plus jusqu’à ce que la disposition soit modifiée ; et on voit très clairement dans quel sens il faut apporter des modifications.

Mais il faut observer… Et voilà le problème. Vous verrez rarement un projet d’espace public qui prévoie seulement la possibilité qu’un bout de celui-ci ne marche pas très bien : il faudrait pour cela de l’expérimentation, des essais, et une évaluation a posteriori pour voir ce qui fonctionne ou non. C’est le même problème pour les espaces existants. Il en est peu qui ne pourraient être grandement améliorés, mais il est rare qu’un travail d’évaluation soit réalisé ; et les gens responsables de l’endroit sont les moins susceptibles de s’en préoccuper. »

Date de l’article d’origine : 10 février 2012

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