Mes activités naturalistes me conduisent souvent dans des lieux où les honnêtes gens n’auraient pas idée de mettre les pieds, notamment des espaces péri-urbains aux statuts mal définis mais où l’on peut faire de belles découvertes, tant en biotopes qu’en sociotopes. Il y a quelques jours, j’explore un vallon boisé et humide proche de chez moi, en contrebas d’un gros quartier d’habitat pavillonnaire. Le terrain n’est pas commode, il y a des arbres couchés un peu partout et le sol est gorgé d’eau, mais j’y remarque plusieurs sentes ainsi que l’opportune présence de palettes dans la traversée de secteurs bourbeux. Voilà un indice qui me paraît prometteur, et effectivement je finis par tomber sur une cabane de toute beauté.
Ce n’est pas le genre de cabane bricolée à la va-vite par des gamins lors d’une promenade dans les bois : faite de branches, de palettes et de bâches en plastique, dotée d’un sol lui aussi en palettes, elle a dû demander pas mal de travail. Elle a été dotée d’une table, également en palettes, sur laquelle sont posées deux tasses avec soucoupes et des emballages de DVD, fort convenables au demeurant. L’impression d’ensemble est pour ainsi dire cosy, et on a même poussé le raffinement jusqu’à installer à côté une balançoire faite avec… un morceau de palette.
Que peut-on tirer de cette observation ? D’abord, qu’il reste encore des jeunes qui préfèrent socialiser dans la nature que s’isoler devant leur ordinateur, c’est plutôt rassurant. Ensuite, mais nous le savions déjà, qu’il peut y avoir d’excellents sociotopes sur des terrains privés, ce qui est le cas ici : le propriétaire se fiche manifestement de savoir ce qui se passe dans son bois, où il ne vient peut-être jamais. Enfin, qu’il est bien d’avoir autour des villes des espaces de nature pas forcément « normés » ni affectés à des activités précises, qui puissent faire l’objet d’usages informels même s’ils peuvent parfois poser des problèmes de sécurité ou de propreté. Des friches qui se boisent toutes seules, des délaissés en tous genres peuvent très bien faire l’affaire. Pour ma part, ayant remarqué la présence de nombreuses cabanes autour de ma ville, il me vient l’idée de les recenser et les cartographier, une activité de plein-air qui aurait le mérite de joindre l’inutile à l’agréable.
Lire aussi : « Dans le zaïon,on se sent zaïon ».



« il reste encore des jeunes qui préfèrent socialiser dans la nature que s’isoler devant leur ordinateur »
Je m’interroge sur 2 points:
Quel est l’âge des auteur de cet aménagement (ils ne sont peut-être pas jeunes du tout)?
Se « socialisent-ils » ou bien est-ce la réalisation d’une seule personne (peut-être désocialisée)?
Une enquête complémentaire serait nécessaire pour répondre à ces questions.
Merci pour ces excellentes questions. Le fait est que, comme disait le commissaire Bougret, »les indices sont plutôt maigres », mais mon légendaire sens de l’observation m’a permis de constater qu’il y avait deux tasses à café, donc on n’a pas affaire à un seul individu et il doit y avoir de la socialisation, et qu’en outre la présence d’une balançoire suggère la présence de personnes jeunes, encore qu’on puisse apprécier la balançoire à tout âge.
(suite) …et je compte bien poursuivre mes investigations, par souci d’une information complète de mes lecteurs !