Étudier les sociotopes en hiver (5) : Où sont les jeunes ?

Quand on étudie la vie d’une ville, il est toujours utile de savoir où sont les espaces fréquentés par les jeunes de façon informelle, c’est à dire durant des moments de temps libre en-dehors d’activités spécifiques. Ces lieux peuvent en effet présenter des qualités particulières ou révéler des besoins d’aménagements appropriés. On peut les repérer par l’enquête – mais les coins un peu cachés ou détournés ne sont pas forcément révélés – ou par un travail de terrain.

En hiver, les conditions peuvent être rebutantes pour les rassemblements de jeunes, mais ceux-ci peuvent avoir lieu sur des sites peu nombreux et faciles à repérer. C’est ainsi que dans la commune du Centre-Bretagne que j’étudie actuellement, deux sites sont particulièrement appréciés des jeunes durant la pause du déjeuner, le mercredi après-midi ou éventuellement entre des cours. L’un est en plein-air et se trouve à un coin de rue, autour d’un crêpier ambulant qui a eu l’idée lumineuse d’y installer sa camionnette face à un collège. Comme il y a un bout d’espace vert à côté, on a là un des lieux favoris de la jeunesse locale – et même si l’endroit est venté, une crêpe complète oeuf-jambon-fromage aide à tenir le coup.

L’autre endroit est dans un bâtiment public, à savoir le siège de la communauté de communes, qui accueille aussi une médiathèque. J’avais déjà repéré la présence de jeunes au rez-de-chaussée (chauffé), cette fois je décide d’inspecter les étages, et au quatrième, sur un palier vitré offrant une vue superbe (voir photo), je tombe sur un groupe de sept filles et un garçon assis par terre en train de pique-niquer tranquillement. Interrogée, une occupante des bureaux à côté me confirme cet usage régulier en hiver, qui se passe bien tant que les jeunes ne font pas de bruit et laissent les lieux propres. On a là une configuration typique de ces lieux appréciés des ados, offrant un coin « à soi » qui permet de voir sans être vu.

Que peut-on retirer de ces observations pour un projet de revitalisation ? Peut-être qu’on faciliterait la vie des jeunes en leur offrant dans le centre-ville un lieu à la fois abrité et asseyable, éventuellement polyvalent comme pourrait l’être une halle, leur permettant de discuter et consommer à l’extérieur sans être obligés d’aller dans un café. L’été, les jeunes de la ville ont d’autres lieux de rendez-vous, notamment des boulodromes couverts – manifestement ils aiment bien avoir toujours quelque chose au-dessus de leur tête, ne serait-ce qu’un arbre, et il semble que ce besoin de protection ne soit pas seulement lié au climat mais qu’il corresponde à quelque chose de plus profond.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s