Activons un sociotope thermal

14h52, le sociotopologue s’installe.

On dirait un titre pour « La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède », de Pierre Desproges (« Insonorisons une Andalouse », « Maîtrisons un escargot forcené »…), mais notre affaire est presque sérieuse, voyez plutôt.

14h55, des gens arrivent, c’est parti !

La ville d’Ax-les-Thermes (Ariège) offre généreusement à ses visiteurs la possibilité d’un contact avec ses eaux chaudes sans avoir à passer par un établissement thermal, car elle a aménagé sur la place Saint-Jérôme des bassins en cascade, alimentés par une eau théoriquement à 68° et bordés par des assises en bois sur lesquelles on peut s’installer pour un bain de pieds gratuit. Toutefois, vu à distance, cet aménagement ne se distingue pas des bassins en tout genre que l’on trouve dans nos villes, si ce n’est qu’ici au moins il y a de l’eau, et on peut donc facilement passer à côté de l’opportunité du bain de pieds.

14h57
14h59, le public se renouvelle et tout le monde se parle.

Passant par là le 3 juillet, et ayant repéré la plaque annonçant une « eau très chaude », je vois que l’endroit est désert mais je trempe courageusement la main, puis les pieds car la température, sûrement inférieure à 68°, est supportable. Quelques instants plus tard, un couple s’approche et la conversation s’engage : C’est comment ? On peut y aller ? etc. Ils se déchaussent, y vont, puis un monsieur arrive et fait la même chose. Ayant terminé ma séance, je me mets un peu à l’écart pour observer la suite des événements. D’autres personnes arrivent, s’assoient, se baladent dans les bassins, et tout le monde se parle. C’est parti, notre sociotope est maintenant activé. Étonnant, non ?

Retenons-en pour notre part les enseignements suivants :

– On est là dans un exemple classique de « triangulation », un thème souvent abordé ici (voir par exemple cet article). Un aménagement singulier ou un événement va susciter une communication entre des gens qui ne se seraient pas adressé la parole sinon.

« Le gens attirent les gens » (W.H. Whyte), ou encore « il y a des gens parce qu’il y a des gens » (J. Gehl) : nous sommes tous un peu moutonniers, et le spectacle de gens faisant un truc bizarre dans un espace public peut nous inviter à faire le même truc bizarre.

Rien de bien fracassant là-dedans, mais en cette période de vacances, c’était une occasion de réviser nos savoirs fondamentaux sur les sociotopes. Et pour les amateurs de Pierre Desproges et de triangulation dans les jardins publics, voir ici ce sketch délirant intitulé « Pierre Desproges et Evelyne Grandjean se draguent sur un banc » (la triangulation arrive à la seconde 10 !).

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