Sociotopes nantais : « Noir, c’est noir » !

Tout a déjà été dit et écrit sur le Palais de Justice de Nantes (2000), une œuvre de Jean Nouvel « qui ne laisse pas indifférent », selon l’expression consacrée. Les points de vue divergent sur ce bâtiment noir et austère posé le long de la Loire, mais tout le monde semble au moins s’accorder sur le fait que son architecture suggère fortement au justiciable qu’il n’est pas là pour prendre du bon temps. Adieu les colonnes ioniennes et les aimables allégories de l’ancien Palais !

Du point de vue qui est le nôtre, on pourra s’intéresser à la manière dont l’édifice interagit avec son environnement immédiat et sur les qualités de l’espace extérieur qu’il propose. A l’avant s’étend, à l’air libre, une esplanade pavée de 2400 m², parfaitement nue et vide – pas un arbre qui risquerait de masquer l’œuvre du Maître, pas un siège bien entendu, même pas une possibilité de faire du roller car la surface est trop rugueuse, il faudrait au moins être les Wizzy Gang pour arriver à tirer quelque chose de cet espace mort. L’esplanade se poursuit, à l’avant de la façade, sur 2700 m² couverts ; même tableau : rien à faire, rien à voir, aucun élément de confort, on sent là le poids écrasant de la Justice et de l’État, même si celui-ci n’a pas toujours les moyens de payer des stylos à ses fonctionnaires. Au total, on a là un demi-hectare d’espace public qui ne semble avoir d’autre fonction que d’intimider le visiteur et de lui imposer un parcours initiatique. Enfin, sur le côté ouest, la rue Arthur III est bordée sur 140 mètres par une haute muraille noire parfaitement étanche et morne qui rend le trajet à pied assez rebutant. On pense ici à l’urbaniste et ethnologue William H. Whyte, qui déclarait : « Les murs aveugles expriment la suprématie de l’architecture sur l’humanité, de la construction sur la personne ».

Ainsi s’achève cette série sur les sociotopes nantais – j’aurais sans doute pu trouver plus exaltant, mais il y a sûrement des leçons à retenir de cette façon de traiter l’espace public et les gens, et cela peut nous inciter à lire « Faut-il pendre les architectes », de l’architecte Philippe Trétiack, ou encore « Contre l’architecture », de l’architecte Franco La Cecla.

2 commentaires

  1. Si j’en crois les photos, la nature indomptable semble déjà immiscer entre les pavés. Une allégorie architecturale elle aussi?

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