Quoi de neuf ? Georges Perec !

Georges Perec, photo Pierre Getzler, source : Télérama.

Il a été question ici à plusieurs reprises de Georges Perec, entre autres parce que son livre « Espèces d’espaces » (1974) m’a suggéré l’idée d’un atelier public d’observation qui eut lieu en ma bonne ville d’Hennebont, préalablement à une opération de Placemaking. On croyait peut-être tout savoir sur cet écrivain, mais voici que Le Monde des Livres du 6 mai 2022 (sous le titre « L’étonnement quotidien ») et Télérama du 27 avril 2022 nous annoncent la sortie de « Lieux », un ouvrage inachevé et jamais publié, aujourd’hui édité par Le Seuil (608 p., 29 €), qui a la bonne idée de le proposer en lecture gratuite sur son site internet.

L’auteur a choisi douze lieux de Paris, avec pour objectif de les visiter deux fois par an pendant douze ans, et de décrire tout ce qui s’y passe de la façon la plus minutieuse. Un simple coup d’œil à des pages prises au hasard montre qu’au-delà de l’exercice de style, qui pourrait paraître formel et rébarbatif, Perec se livre à une entreprise phénoménale dont il donne la clé dans « Espèces d’espaces » : « Écrire : essayer méticuleusement de retenir quelque chose, de faire survivre quelque chose », tandis que dans un autre de ses livres, il s’interroge sur la méthode à suivre : « Ce qui se passe chaque jour et qui revient chaque jour, le banal, le quotidien, l’évident, le commun, l’ordinaire, l’infra-ordinaire, le bruit de fond, l’habituel, comment l’interroger, comment le décrire ? ». Observateur hors pair, combinant l’observation détachée avec l’évocation de souvenirs personnels, Perec parle à chacun de nous, parce que ses descriptions peuvent nous faire revenir des souvenirs enfouis et qu’elles nous incitent à mieux utiliser nos yeux pour voir et comprendre, même et surtout dans les situations les plus banales. Pour ma part, je note que Perec cesse ses observations en septembre 1975, au moment même où je débarque à Paris comme étudiant, avec de vastes loisirs pour arpenter le nez en l’air des rues et des quartiers dont le grand chambardement commençait tout juste. Que n’ai-je eu ses yeux à l’époque pour mieux enregistrer l’ambiance de ces lieux dont il ne me reste que de trop vagues souvenirs !

Au surplus, l’article du Monde m’apprend l’existence d’un autre livre de Perec dont le titre, « Tentative d’épuisement d’un lieu parisien » (Christian Bourgois, 1982), est un séduisant programme pour le sociotopophile : le lieu en question est la place Saint-Sulpice, où il inventorie tout ce qui se passe devant lui. Si vous ne savez pas quoi lire sur la plage cette été, voilà donc quelques bonnes propositions.

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