Sociotopes nantais : ruelles et placettes de Trentemoult

En venant de la Bretagne, « il suffit de passer le pont », comme disait Brassens, et… « on dirait le Sud », comme disait… Bref, avec ses maisons basses à toits de tuiles, l’agglomération de Trentemoult, située à l’aval de Nantes sur la commune de Rezé, a pour les Bretons péninsulaires un petit air méridional qui dépayse. Cet ancien village de pêcheurs, réoccupé au 19è siècle par des ouvriers puis longtemps gardé dans son jus, montre une forme urbaine très dense desservie par un réseau compliqué de venelles et de placettes où aucune voiture ne peut passer. Plus récemment, le lieu s’est notoirement « gentrifié », avec l’arrivée d’une nouvelle population séduite par un mode de vie sans voiture et a priori convivial, sachant tout de même que la forte densité impose d’accepter des règles de vie commune. Dans la foulée, Trentemoult est devenue sinon une destination touristique, du moins un des lieux de promenade favoris des Nantais qui peuvent s’y rendre en bateau. C’est aussi éventuellement un objectif de voyages d’études, et c’est dans ce cadre que je l’ai découvert en 2008.

On vient donc à Trentemoult s’extasier devant la « densité à taille humaine » et constater que des êtres humains à peu près faits comme nous peuvent vivre décemment autour de ruelles et de placettes où les enfants jouent en toute sécurité et où on sort les tables et les chaises pour bavarder ou déjeuner. Ce style de vie, on le trouve aussi dans des quantités de villages du Midi, mais dans cette France de l’ouest où règne la dédensification de l’habitat, il fait figure de curiosité et même d’attraction. C’est d’ailleurs la curiosité des visiteurs toujours plus nombreux qui risque de menacer la vie locale, car les badauds ont une vue directe sur les jardinets, les courettes et plus généralement sur l’intimité des habitants, l’absence parfois de limites nettes entre espace privé et domaine public crée des situations ambiguës, et j’ai ressenti là le même léger malaise que dans les villages des îles d’Houat et Hoëdic, où l’on peut se sentir de trop. Reste à savoir si ce « mode d’habiter », comme on dit, est destiné à garder ce statut de curiosité ou s’il a vocation à faire école au point qu’un jour, on n’y prêtera même plus attention. Ce jour semble toutefois lointain, comme le suggère le document proposé dans l’article qui va suivre.

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