Wizzy Gang à Port-Louis

La première des deux séances auxquelles j’assiste a lieu sur la Grande Plage de Port-Louis, face à l’entrée de la rade de Lorient et à l’île de Groix. Il y a là un public de 70 élèves de primaire, ainsi que trois « croqueurs urbains » (« urban sketchers » si vous préférez), qui vont immortaliser l’événement par le dessin. Se hissant à la force des bras sur le toit des cabines de bain, nos Wizzy Gang se livrent à des acrobaties aériennes et retombent sur leurs pieds face aux acclamations d’un public enthousiaste. Ils n’ont pas de mal à trouver des volontaires pour des démonstrations de saltos, ou pour masser des gens au pied des cabines de manière à sauter au-dessus d’eux. Les enfants se mettent à scander « Monsieur l’maire ! Monsieur l’maire ! », et monsieur Daniel Martin, dans sa digne tenue de monsieur le maire (costume noir, chemise blanche), ne se fait guère prier pour rejoindre le groupe devant les cabines. La séance s’achève par quelques explications données aux enfants sur leur travail, et par une grande course collective jusqu’au bout de la plage, au pied de la citadelle.

La seconde séance, devant un public de 300 personnes, a lieu sur les quais au niveau de la capitainerie. Le maître du port a interdit l’utilisation du bâtiment, donc cette fois on est bien dans la transgression. Que vont faire les Wizzy Gang ? Ils commencent par demander à des volontaires de s’allonger côte à côte sur le terre-plein de manière à sauter par dessus en effectuant un salto, ils s’arrêteront à douze personnes. Le numéro suivant est nettement plus transgressif car, bravant l’interdiction, un des acrobates monte sur le toit de la capitainerie pour un phénoménal saut dans la rade de Lorient, quelque onze mètres plus bas. Enfin, le groupe entreprend l’ascension de la capitainerie par la face Est, gagnant le toit en un clin d’œil après un élan et quelques prises bien enchaînées.

Que retiendrons-nous pour notre part de cette opération ?

Comme tout spectacle en plein-air, mais pas davantage non plus, celui-ci aura permis d’activer des espaces extérieurs – moins la plage, par nature affectée aux loisirs et aux jeux, que les quais et la capitainerie, qui auront été détournés de leurs fonctions usuelles. Surtout, cette initiative aura montré qu’il est possible de faire beaucoup sans moyens techniques particuliers – mais avec bien sûr de la créativité, de l’entraînement et de l’audace -, ce qui est une bonne leçon de sobriété à une époque où toute activité sportive est prétexte à faire consommer des équipements. A ceux qui s’intéressent à la pratique du jeu et de l’activité physique dans la ville, elle rappelle qu’avec de l’imagination il est possible de tirer parti d’à peu près n’importe quoi, même d’une surface plane – d’ailleurs tous les enfants le savent, avant qu’on ne les bride pour toutes sortes d’excellentes raisons. A cet égard, on peut voir dans les Wizzy Gang de grands enfants qui ont conservé à la fois leur créativité et leur indifférence totale aux contraintes juridiques. Pour sûr, comme me le disait mon grand-père quand je lisais les Pieds Nickelés, « ils ne sont pas un exemple à suivre » au sens où il ne s’agit pas d’encourager tout un chacun à jouer les monte-en-l’air ou à prendre des risques inconsidérés sans un sérieux entraînement préalable. Mais l’esprit de liberté qui les anime fait du bien dans un monde corseté de règles (c’est un ancien juriste qui vous parle, figurez-vous), et peut nous inspirer pour partir à la reconquête d’espaces urbains hostiles à la vie.

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