Planifier les espaces de jeux : le cas de Rotterdam (1)

Le programme « Construire un Rotterdam ami des enfants »

En 2006, la ville de Rotterdam (630 000 habitants) fut désignée « la pire ville des Pays-Bas pour élever un enfant », un jugement infamant dans un pays réputé en pointe dans ce domaine. En partie détruite durant la guerre, la ville a été reconstruite en privilégiant la voiture, ce qui lui aura valu d’être à la traîne en matière de déplacements actifs et de conditions de vie des enfants. Mais dès 2006, la municipalité décide de renverser la situation et de mettre les enfants au premier plan de sa politique, entre autres pour faire revenir les jeunes ménages dans son centre. L’opération se déroule en trois phases.

La phase 1, sous la bannière « Rotterdam amie des enfants », va de 2006 à 2010, avec un budget de 20 millions d’euros. Les investissements engagés visent à verdir les cours d’écoles et les espaces publics et à les rendre plus aptes au jeu et à la vie sociale ; à développer les réseaux piétonniers et cyclables ; et à accroître l’offre de logements pour les familles. Ces actions ont concerné onze quartiers pilotes, elles ont été évaluées et il en a été tiré de nouvelles normes pour la planification.

La phase 2, de 2010 à 2014, fait suite à la crise financière de 2008 et délaisse les investissements financiers pour viser l’intégration [mainstreaming] du thème dans les politiques locales. L’évaluation conduite en 2014 conclut à un échec, la municipalité n’ayant pas suffisamment de moyens à elle seule, notamment dans le domaine social.

Le programme des interventions dans le quartier Rotte. Noter les opérations de récupération de trottoirs.

La phase 3, tirant les enseignements des précédentes, va de 2014 à 2018 et s’intitule « Des quartiers prometteurs ». 7,5 millions d’euros sont investis dans neuf quartiers, tous périphériques. Les objectifs de la phase 1 sont repris, mais il y est ajouté des actions d’éducation, et une plus forte implication des habitants des quartiers, tant les enfants que les adultes. Les moyens d’analyse spatiale sont améliorés : chaque quartier est étudié et cartographié sous l’angle de l’offre de parcs, terrains de jeux et autres espaces publics, des caractéristiques des voies (celles qui offrent des possibilités de jeu, mais aussi celles qui créent des barrières)…

Des interventions ambitieuses, associant les habitants, ont ainsi eu lieu dans des quartiers au nord-est de la ville (Erasmus et Rotte), marqués par un faible niveau de vie, un manque d’espaces verts et des logements exigus. Des initiatives émanant à la fois des écoles, d’un bailleur social et d’associations, impliquant enfants et adultes et associant un urbaniste, ont débouché sur un projet d’ensemble suivi d’actions concrètes : réaménagement et ouverture au public d’une cour d’école (image ici sur Street View), création d’un terrain de jeux et de parterres de culture dans une cour publique, création de nouvelles entrées pour cinq cours intérieures, ralentissement des véhicules le long des cheminements piétons, verdissement par plantation d’arbres et végétalisation de façades, aménagement d’un espace pour les jeunes, signalisation innovante avec notamment des marquages d’itinéraires par des empreintes d’animaux choisis par les enfants, implantation d’œuvres d’art, spectacles etc. L’évaluation de ces actions a montré une amélioration des indicateurs sociaux, de sécurité, et de bien-être des enfants.

Le prochain article sera consacré à la reconquête des rues.

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