Planifier les espaces de jeux (2) : des principes, des briques et des outils

Québec : un espace de jeux en bord de rue, qui profite à tout le monde.

Le livre de Tim Gill dont il est question ces temps-ci propose, pour renforcer la place du jeu dans la ville, neuf principes, quatre briques (« building blocks ») et 18 outils, que je m’en vais vous présenter à partir de maintenant.

Travemünde, Allemagne.

Le principe n° 1 est de « prendre en compte la diversité, l’égalité et l’inclusion ». Il est précédé d’une citation de Margaret Mead, selon laquelle « c’est une excellente chose de penser à l’enfant, pour autant que vous vous rappeliez que l’enfant n’existe pas. Il n’y a que des enfants. A chaque fois que nous les traitons comme une masse indistincte, nous ratons quelque chose ». Ce principe recouvre cinq thèmes : la pauvreté et les inégalités sociales, le handicap, l’ethnicité et la culture, le genre, l’âge.

La pauvreté implique souvent, mais pas toujours, de mauvaises conditions d’accès des habitants aux espaces de plein-air, ainsi qu’une mobilité restreinte. Gill note toutefois que les enfants des familles à bas revenus tendent à être plus autonomes que les autres dans leurs déplacements, en l’absence de voiture au foyer. De mon côté, j’ai constaté que dans ma ville, et surtout dans celle d’à côté (Lorient), des gros quartiers d’habitat social bénéficient d’excellentes conditions d’accès aux espaces verts, aux jeux et aux sports, ce qui ne veut évidemment pas dire que les enfants de ces quartiers en tirent suffisamment parti.

Le handicap des enfants ou de leurs parents peut être un puissant facteur d’exclusion pour des raisons tenant à l’accessibilité des espaces de jeux, à la conception de ceux-ci ou encore à des attitudes d’hostilité.

L’ethnicité et la culture, qui entretiennent des rapports avec les conditions de revenus et d’habitat, se traduisent dans la relation aux espaces extérieurs. Diverses études (GB, Amsterdam) montrent que les enfants des minorités ethniques passent sensiblement moins de temps à l’extérieur que les enfants dits « Blancs » (je rappelle à cette occasion qu’en France, la collecte de données à caractère ethnique est inconstitutionnelle, cf décision C.C. 15/11/2007). Ceci peut justifier des programmes spécifiques en réaction, notamment en direction des filles comme j’ai pu le constater en Suède, ce qui nous conduit au point suivant.

Le genre est un thème très important : « Les garçons bénéficient d’une plus grande liberté de mouvement, ils sont plus nombreux et visibles que les filles sur les terrains de jeux, dans les parcs et les espaces publics. Les garçons tendent aussi à dominer dans les aires de sports informels comme les espaces de jeux de ballon ou les skate-parks ». Gill cite Vienne en exemple pour ses actions en faveur des filles et des jeunes femmes dans les espaces publics.

L’âge est une donnée essentielle à prendre en compte car les interactions avec l’environnement, ainsi que les pratiques et les besoins, évoluent très rapidement avec l’âge. L’auteur rappelle que les ados et pré-ados sont souvent oubliés des concepteurs de parcs et espaces de jeux, « peut-être du fait qu’on se focalise sur les familles avec de jeunes enfants qui tendent à être un marché-cible, en oubliant que ces mêmes enfants grandiront ». Il souligne aussi que la présence des ados dans l’espace public fait souvent l’objet d’une certaine hostilité, qui peut prendre des formes particulièrement détestables.

Prochain article : le principe n° 2, Construire une vision partagée et un ensemble de valeurs.

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