Rencontres d’un autre type

La Loire face à Nevers : une plage familiale au premier plan, un espace de rencontre dans les fourrés à l’arrière.

Il y a quelques semaines, Le Monde a publié une intéressante série d’articles sur « Les années clandestines de l’homosexualité » où les rencontres amoureuses entre gens du même sexe, que ce fût en plein-air ou dans des lieux clos, pouvaient tomber sous le coup de la loi. Ceci se passait en des temps très anciens, en l’occurrence dans les années 1960-70, l’amendement Mirguet du 18 juillet 1960 ayant classé l’homosexualité comme « fléau social » au même titre que l’alcoolisme et la tuberculose. L’ordonnance du 25 novembre 1960 parachèvera le dispositif mis en place par Vichy (loi de 1942) en renforçant les peines pour outrage public à la pudeur « lorsqu’il consistera en un acte contre nature avec un individu de même sexe ». L’arsenal législatif sera abrogé dès 1981 par la Gauche.

Les témoignages des personnes interrogées évoquent des lieux de rencontre discrets, souvent dans des recoins de parcs publics ou dans les saltus péri-urbains – terrains vagues, friches, bâtiments à l’abandon etc., présentant des caractéristiques communes : accessibilité facile mais à l’écart des itinéraires très fréquentés, possibilité de se cacher mais aussi d’observer ce qui se passe… Quarante ans plus tard, si la législation s’est assouplie, les pratiques demeurent. J’avais mis sur mon ancien blog un bel article, que je n’ai malheureusement pas retrouvé, dont l’auteur disait son affection pour ces lieux de nature proches des villes, aussi riches en vie sauvage que chargés d’émotions.

Le sociotopologue, tout comme l’écologue, ne peut se permettre de méconnaître ces pratiques, qui sont instructives à divers titres – elles renseignent sur les qualités spécifiques d’un lieu, elles génèrent de la fréquentation et participent à l’usage global de l’espace, mais elles peuvent aussi poser des problèmes dans les sites partagés avec le public général. Comme j’ai pu le constater en divers lieux, par exemple au bord de la Loire à Nevers, les honnêtes gens sont prompts à évoquer l’insécurité, ce qui peut être fondé si des pratiques transgressives ou franchement illégales (exhibitionnisme, voyeurisme, prostitution, trafic de drogue…) investissent les mêmes espaces. Mais dans beaucoup de cas, la cohabitation est paisible, si l’on met à part l’impression parfois bizarre ressentie par le visiteur non averti (par exemple s’il est un ornithologue porteur de jumelles).

La connaissance de ces lieux de rencontre est aujourd’hui grandement facilitée par l’existence de sites internet spécifiques, comme lieuxdedrague.fr (vous avez ici un lien qui vous conduit directement sur la rubrique « nature »). Plutôt que de détourner le regard ou de considérer le sujet avec ricanements et condescendance, l’aménageur a à mon avis tout intérêt à voir les choses en face et à intégrer cette réalité à sa réflexion.

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