Au plus près de l’eau : le parc Saint-Pierre à Amiens

Nous savons que l’eau est un des plus puissants facteurs d’attrait dans les sociotopes, mais nous avons vu aussi que les concepteurs et gestionnaires d’espaces verts ont parfois du mal avec cet élément. Entre les bassins et jets d’eau à sec, et les innombrables dispositifs de mise à l’écart souvent pour des motifs de sécurité, les motifs de frustration ne manquent pas. Comme le disait à peu près notre cher William H. Whyte, « ce n’est pas bien de mettre de l’eau sous le nez des gens si c’est pour les empêcher d’y accéder ».

La ville d’Amiens est célèbre pour ses hortillonnages, jardins maraîchers à fleur d’eau au bord de la Somme et rescapés d’un projet de rocade urbaine. Elle gagnerait à être connue aussi pour son très beau parc Saint-Pierre (22 ha, 1993), qui forme une transition entre les hortillonnages et le centre-ville. L’eau est ici omniprésente, avec toute une gradation entre des aménagements artificiels (petits canaux conduisant l’eau dans des bassins remplis de plantes aquatiques) et des formes à l’aspect naturel voire sauvage (ruisseaux serpentant sous les arbres, mares et marais…), en passant par un grand plan d’eau avec une rive artificielle et une autre laissée à l’état naturel, où grouillent canards, foulques et poules d’eau. Mais ce qui retiendra surtout notre attention, c’est que l’eau est partout à portée de main, ou d’orteils si on veut. La berge bétonnée du grand bassin n’est qu’à 5 centimètres de la surface, ailleurs une gloriette est posée au ras de l’eau, il y a aussi apparemment des jeux d’eau pour les enfants, et partout des cheminements au bord de l’eau, des petits ponts, des passerelles, des pontons etc. Mais comment ont-ils donc fait, alors qu’on invoque souvent des normes de sécurité et des problèmes de responsabilité pour tenir les gens à l’écart de l’eau ?

Feuilletant mon Guide du Routard tout en parcourant le parc, j’apprends que celui-ci est l’œuvre de la paysagiste Jacqueline Osty. Tiens, tiens… ce nom me dit quelque chose, et je me rappelle que c’est aussi elle qui a conçu à Paris le parc des Batignolles, encensé ici il y deux ans, notamment pour la qualité du contact avec l’eau. Voilà quelqu’un qui sait s’y prendre pour composer tout un parc autour de l’eau au lieu de la cantonner à un rôle d’élément ornemental. Sans doute existe-t-il d’autres belles réalisations de genre en France, mais celle-ci mérite le détour, d’autant que le parc présente de nombreuses autres qualités sur lesquelles il y aurait aussi matière à écrire. Et entre nous, c’est quand même autre chose que le tristounet lac Daumesnil, dans le bois de Vincennes.

Un commentaire

  1. Jacqueline Osty est une paysagiste au talent remarquable.
    J’ai eu la chance de travailler avec elle et les étudiants de l’école de Blois.
    Au sujet du parc de Vincennes, Jacqueline Osty est intervenu sur le zoo de Vincennes et a réussi à créer des gards paysages dans un petit espace.

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