La fonction « rechercher/remplacer » au service de la ville-parc

Stockholm, rue à Södermalm

Le thème de la « ville verte » fait fureur ces temps-ci, à tel point qu’on se demande parfois si certains projets de verdissement des espaces publics ne sont pas des opérations cosmétiques voire des gadgets de communication politique. L’abandon récent de divers projets de « forêts urbaines » annoncés à grands sons de trompe et servis par de séduisantes « vues d’artiste », rappelle que l’affaire est complexe et mérite mieux que du bricolage à la va-vite.

Dans ce contexte compliqué, l’urbaniste suédois Dan Hill nous propose un essai récent qui m’a vivement intéressé. Il s’agit tout simplement, si j’ose dire, d’appliquer la fonction « rechercher / remplacer » aux rues urbaines pour les remplacer par des parcs. Ainsi présenté, le propos peut évidemment sembler incongru ou relever d’un systématisme idiot, mais il est bien plus subtil. Hill prend pour point de départ un texte produit en 1946 par Holger Blom, responsable du service des parcs de la ville de Stockholm et dont la vision planificatrice a fortement participé à doter la ville de la magnifique structure de parcs qu’on lui connaît. Dans ce texte, diffusé à tous les habitants de la capitale, il expose quatre grands principes ayant trait aux fonctions des parcs et exprimant pour ceux-ci une vision « systémique » très en avance sur son temps.

Hill constate toutefois que malgré l’œuvre de Blom, réalisée en pleine période « moderniste », l’espace public urbain a été essentiellement affecté à la voiture et que comme partout ailleurs, les parcs se sont trouvés isolés dans un environnement globalement hostile à la nature, à la culture et à la vie sociale. D’où l’idée qui lui est venue de faire sortir les parcs de leur statut d’isolats, et d’inverser les priorités pour appliquer à l’ensemble de l’espace urbain les idées de Blom relatives aux parcs.

Dans l’esprit « rechercher / remplacer », Hill propose d’abord de remplacer dans le texte de Blom le mot « parc » par celui de « rue », et il constate que cela fonctionne plutôt bien. Ensuite, il propose de « rechercher / remplacer » dans le tissu urbain, à commencer par les rues et les espaces adjacents, tous les espaces auxquels ces idées pourraient être appliqués. Notez bien qu’il ne s’agit pas forcément de planter des arbres partout, mais plutôt d’offrir toutes sortes d’aménités comme celles que l’on trouve dans les parcs.

Hill étant un praticien, il a entrepris d’appliquer cette idée à des rues de Stockholm dans le cadre du projet « Street Mission » et il s’inspire volontiers de Melbourne, qui semble être allée très loin dans ce domaine. Sa vision peut sans doute être aisément balayée du revers de la main (« il y a des réseaux partout, on ne peut rien planter », « et les voitures, vous les mettez où ? »), mais il n’en reste pas moins qu’elle peut nous inspirer, y compris dans ses fondements idéologiques – Blom travaillait à l’époque de la social-démocratie triomphante et pensait que le petit peuple de la cité avait lui aussi droit au meilleur. Il serait dommage que les questions de bilan carbone ou d’îlots de chaleur fassent oublier cela.

Je vous ai traduit et résumé l’article de Hill, vous pouvez le trouver ici. L’article d’origine en anglais, qui présente l’avantage d’être illustré, est ici.

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