Le manque d’espaces verts à la campagne : un point de vue d’Eric Rohmer

Arte a récemment ressorti « L’arbre, le maire et la médiathèque », un petit bijou de film réalisé par Eric Rohmer en 1993 et qui est à voir ou revoir, notamment parce que près de 30 ans après, on est sidéré par son caractère visionnaire sur l’aménagement du territoire. Il y est question d’un maire qui projette de construire une sorte de salle polyvalente, avec médiathèque et équipements sportifs, en lisière d’un petit bourg vendéen. Tout le film tourne autour des débats et des jeux d’acteurs suscités par cet ambitieux projet. Celui-ci oppose tout particulièrement le maire à l’instituteur, incarné par Fabrice Luchini et mis en rage par ce qu’il considère comme une insulte à la beauté et à l’esprit du lieu (Luchini endossera d’ailleurs à son tour le rôle d’un maire dans « Alice et le maire », un autre excellent film sorti en 2019). C’est du pur Rohmer : peu d’ « action » mais du texte finement ciselé, pas de thèse à défendre mais une capacité à retourner le sujet dans tous les sens, pas de bons ni de méchants mais des êtres pétris de contradictions à l’image de tout un chacun, et toujours un regard gentiment ironique porté sur les personnages.

Du point de vue qui est le nôtre, on retiendra particulièrement un dialogue entre le maire et Zoé, la fille de l’instituteur, âgée de 10 ans, au sujet du manque d’espaces verts dans une commune rurale. Je l’ai transcrit tout spécialement pour vous, chers lecteurs, et il se passe de commentaires :

(Z) – Je crois qu’il y a quelque chose qui manque au village, encore plus que la médiathèque. Ce sont des espaces verts.

(M) – Des espaces verts, mais enfin, des espaces verts, il y en a partout ! On est entourés d’espaces verts, on est à la campagne !

– Justement, il y en a dans les villes mais pas dans les campagnes. Vous, vous avez votre parc [nb : le maire socialiste est un châtelain…] mais les autres, qu’est-ce qu’ils ont à part leur tout petit jardin ? Quand je lis les histoires d’autrefois, je vois que les enfants allaient jouer dans les prés, qu’on pouvait y cueillir des fleurs, chasser les papillons et les coccinelles… Maintenant, tout est clôturé par des barbelés. Et puis si on réussit à entrer, il y a des chiens qui vous courent après. Alors pourquoi les gens qui ont des enfants iraient à la campagne s’il n’y a plus de prés, ni de champs, ni de bois ? Il n’y a plus rien !

– Non mais ce n’est pas si sot, ce que vous dites. Ce n’est même pas sot du tout, mademoiselle ! Mais enfin, il y a quand même des bois pas loin d’ici !

– Mais il y a quand même cinq kilomètres.

– Eh bien ça fait une petite balade à vélo !

(…)

(M) – Si les prés et les champs disparaissent, il va bien falloir en transformer une partie en surface de jeux. L’optimisme est de rigueur, l’avenir va dans votre sens ! Il y a des prés qui se vendront pour une bouchée de pain et qu’on pourra transformer en parc de loisirs. Votre proposition va dans le sens du projet municipal !

Voir entre autres dans ce blog : Quelle chance on a d’habiter à la campagne ! Ou encore Mieux vaut être un garçon au bourg qu’une fille à la campagne.

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