Pas de squating ni de seating sur le parking

Les espaces de stationnement de toutes natures et de tous statuts peuvent être des sociotopes fort convenables, en général par voie de détournement d’usage, et c’est là un sujet que nous avons abordé à maintes reprises. Une nouvelle pièce au dossier aujourd’hui avec l’étrange panneau ci-contre, que je viens de remarquer sur le parking de mon Intermarché habituel et dont le libellé va nous retenir un moment.

Il y a là en effet trois activités en « ing » qui sont strictement prohibées et dont la nature exacte n’est pas absolument évidente. Glissons sur cette imbécile passion nationale pour les terminaisons en « ing » qui « font américain » et sont évidemment du dernier chic, passons aussi sur le « skateboarding » dont chacun entrevoit le sens, et occupons-nous d’abord de « squating ». De quoi s’agit-il ? Ce mot n’est pas dans mon dictionnaire, mais en fouillant un peu je vois qu’il se rapporte à un mouvement de gymnastique avec flexion de jambes. Pas sûr que ce soit l’activité visée par le panneau. Mais squating nous fait vaguement penser à « squat », or dans le français-tel-qu’on-le-cause, « squatter » a pris la signification de « traîner », « glander » en occupant un lieu où l’on n’a rien à faire. Nous y voilà : il y a un message subliminal, c’est que le patron n’a pas envie de voir des gens (en l’occurrence des jeunes, car il y a un collège et un lycée à deux pas) s’installer sur son parking pour pique-niquer ou bavarder.

Quant à « seating », qui n’a pas plus d’existence officielle que « squating », il fait évidemment penser à « s’asseoir », relevons d’ailleurs au passage que le brillant angliciste qui a pondu ce panneau n’a pas l’air de connaître la différence entre « to sit » et « to seat ». Bref, là encore il y a un message sous-jacent, c’est que les jeunes n’ont pas intérêt à venir s’asseoir ici. Soit dit en passant, on voit mal comment ils pourraient le faire car il n’y a évidemment rien qui ressemble à un siège, mais il leur resterait certes la possibilité de s’affaler par terre pour consommer leur pique-nique acheté chez Intermarché, et ça ferait un peu désordre.

En résumé, ce charabia aussi prétentieux que cafouilleux signifie tout simplement « les jeunes, dehors ! ». On aurait aussi pu écrire, en bon français, « défense de traîner et de s’asseoir », mais ça aurait sans doute été trop direct et moins distingué qu’en sabir pseudo-amerloque. Les Américains, d’ailleurs, utilisent la formule « No loitering » comme nous l’avons vu ici, tandis que les Québécois apposent des panneaux « Défense de flâner », comme nous l’avons vu là, ce qui nous révèle que le mot « flâner », plutôt neutre en français de France, a une connotation nettement péjorative outre-Atlantique. Mais au-delà de ces subtilités linguistiques, le message est toujours le même : pas de jeunes, pas de clodos et autres cabossés de l’existence, si ce n’est en déplacement ou alors, bien entendu, à l’intérieur d’une voiture.

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