A propos d’un sentier « non officiel »

Le sentier « non officiel » en question.

L’histoire se passe dans une commune où est projetée l’extension d’un établissement hébergeant des enfants handicapés. Cette opération, qui porte sur un espace naturel, nécessite la modification du PLU, laquelle est soumise à évaluation environnementale. Cette évaluation va s’intéresser non seulement aux thèmes environnementaux habituels, mais aussi aux usages du site par le public. Notons dès à présent que l’étude de ce sujet n’est pas obligatoire, nous en avons déjà parlé, et que la Mission régionale d’autorité environnementale, qui contrôle la qualité des évaluations, ne s’y intéresse manifestement pas car ce n’est pas dans sa « check-list », nous en avons déjà parlé aussi.

Bref, lors du travail de terrain, il est constaté que le terrain d’implantation du projet est traversé par un sentier bien fréquenté par les promeneurs (il y a un parc public et 6000 habitants tout près), mais que ce sentier a été créé simplement par l’usage et qu’il passe par endroits sur des terrains privés – en d’autres termes, il relève de l’état de fait et non d’un statut quelconque. C’est un peu une « ligne de désir », si l’on veut. Le rapport d’évaluation signale donc cette valeur d’usage social et propose qu’il en soit tenu compte dans le projet, de manière à ce que la continuité soit maintenue pour le plus grand bénéfice des habitants.

Le Directeur des services de la commune n’est pas convaincu par cette proposition, qui pourrait créer des contraintes pour le projet, et objecte que ce sentier n’a aucun caractère officiel – il n’est pas balisé, il n’est pas inscrit au Plan départemental des itinéraires de promenade et de randonnée (PDIPR), et dans ces conditions il n’y a pas lieu d’en faire tout un plat. Ce à quoi l’évaluation environnementale répond que la réalité de l’usage par le public a bien plus d’importance que ces questions de statut, et qu’un sentier sans statut mérite parfaitement qu’on le conserve dès lors qu’il est régulièrement fréquenté.

La décision finale est prise par le porteur du projet : il se déclare très content qu’il y ait du public extérieur à se promener aux abords de l’établissement, et s’engage à maintenir la continuité du cheminement dans l’emprise de son équipement.

Cette histoire finit bien : si ce « sentier non officiel » n’avait pas été vu et défendu, il aurait tout simplement été voué à disparaître. Et elle a une morale, car elle rappelle le monde réel préexiste aux statuts, aux classements et aux inventaires « officiels » en tous genres. Encore faut-il prendre le temps d’aller à sa rencontre et de l’observer, ce qu’on oublie un peu à une époque où les études d’environnement se bornent souvent à manipuler devant un écran des bases de données et des couches de SIG dont on suppose à tort qu’elles rendent fidèlement compte de la réalité du monde.

2 commentaires

  1. Les citoyens « officialisent » les sentiers non officiels en les arpentant avec leurs GPS puis en chargeant leurs « traces » sur open street map.
    Il serait intéressant de comparer les données « open » avec celles dans les SIG « officiels ».

  2. Effectivement cette pratique s’est beaucoup développée, et elle brouille la notion d’itinéraire « officiel » (itinéraires GR, PR…) que l’on trouve dans les topo-guides diffusés par la FFRP ou des collectivités. A la manière des lignes de désir, elle a l’intérêt de formaliser des pratiques réelles et elle peut préfigurer des itinéraires officiels, à la manière des lignes de désir. Par contre, du fait que les gens passent aussi bien à travers des terrains privés, elle peut susciter la fureur de propriétaires lorsqu’ils découvrent l’existence de ces traces rendues publiques alors qu’ils n’ont même pas été sollicités pour un accord, et il peut s’ensuivre des clôtures ou des interdictions d’accès. Pour ma part je me sens libre d’aller me balader (seul de préférence) sur des terrains privés, mais je respecte la nature, les biens et l’intimité des gens. Si j’avais un GPS ou un smartphone il ne me viendrait pas à l’idée de rendre mes traces publiques, au risque d’inciter n’importe qui à faire n’importe quoi sur le terrain d’autrui. Un intérêt des itinéraires officiels est d’offrir une sécurité juridique aux promeneurs. En suivant des traces GPS, on s’expose au mieux à des engueulades, au pire à des morsures de chiens ou à du plomb dans les fesses !

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