Les lignes de désir et les ratés de la planification urbaine

Lorsqu’on prévoit d’implanter de nouveaux aménagements, on pourrait envisager la façon dont les piétons y accéderont, en prenant en compte le fait que ces gens-là sont souvent des paresseux qui aiment bien aller au plus court, et on pourrait donc leur réserver des cheminements adéquats. Mais quand ce n’est pas le cas, il arrive que lesdits piétons se débrouillent tout seuls pour créer les cheminements qui les arrangent, au mépris des statuts fonciers et des obstacles en tous genres. En voici trois exemples que j’ai découverts dimanche dernier dans ma commune.

Dans le premier cas, un passage souterrain a été aménagé sous la voie ferrée au niveau de la gare. Il est conçu pour passer d’un quai à l’autre, mais on ne s’est apparemment pas demandé s’il ne pourrait pas aussi permettre d’accéder à la zone industrielle située à 100 m de là. Or, ne voilà-t-il pas que des piétons intrépides se rendant dans cette zone enjambent la barrière qui entoure le souterrain et ont commencé à tracer un passage le long d’un champ de colza.

Dans le second cas, un gros ensemble de logements vient d’être implanté le long d’un ruisseau. De l’autre côté, il y a un parc boisé ouvert au public, avec un beau chemin de promenade, mais aucune liaison n’a été prévue pour permettre aux habitants d’y accéder. Qu’à cela ne tienne, ceux-ci ont posé une planche sur le ruisseau (flèche sur la photo) et un passage commence à se dessiner.

Dans le troisième cas, il s’agit d’un hôpital qui a été implanté il y a quelques années un peu à l’écart de la ville. Pour s’y rendre à pied par l’itinéraire officiel, le trajet est long et pénible, car il longe une route à gros trafic. Mais je découvre que des petits malins ont créé un raccourci passant le long d’un ruisseau. Le sentier est boueux, là encore des gens ont apporté des bouts de bois pour faciliter les traversées de secteurs humides, et il finit par déboucher dans la pelouse de l’hôpital.

Dans ces trois cas, ces besoins auraient pu être anticipés, et il aurait ainsi été possible d’offrir des cheminements un peu plus confortables et surtout moins dissuasifs pour des personnes ayant du mal à marcher. Mais il n’est pas trop tard et rien n’empêche une collectivité d’acquérir un jour ces passages pour les aménager un peu mieux.

Je saisis l’occasion pour vous signaler l’existence d’un extraordinaire site entièrement consacré aux lignes de désir à travers le monde, alimenté par des gens qui ont des exemples à présenter. Ces cheminements irrespectueux de l’ordre établi sont très réjouissants ; mais il y a aussi des exemples dans lesquels les autorités locales, au lieu de contrarier les cheminements spontanés, les ont inscrits dans le paysage pour leur apporter davantage de confort. Ce sont là des exemples pédagogiques d’approches « ascendantes » de l’aménagement.

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