Les enfants et l’aménagement local : une nouvelle étude

Il a été question ici de deux études réalisés ces dernières années dans deux communes rurales du Morbihan (Le Saint et Noyal-Muzillac), dans le but d’associer les enfants à des projets de revitalisation de bourgs. Une troisième étude vient de s’achever sur la commune de Plougoumelen (2440 habitants), toujours avec la même méthode mise au point par l’université d’Uppsala (Suède) et adaptée au climat breton. Les 38 CM1 et CM2 des deux écoles de la commune ont eu à produire des cartes mentales de leur bourg, avant de passer en entretiens individuels. Le propos était notamment de connaître leurs modes de déplacement, leurs pratiques de loisirs, leurs espaces extérieurs préférés, et aussi les difficultés qui peuvent les décourager de se déplacer par leurs propres moyens ou les tenir à l’écart de certains lieux. Ces éléments de connaissance ainsi que les propositions des enfants pour améliorer leur environnement seront intégrés dans le projet de réaménagement du bourg qui va être élaboré dans les prochains mois. Les enfants seront ensuite informés des suites qui seront données à leurs contributions.

Par rapport aux deux autres communes étudiées, celle-ci se distingue par le fait que le bourg ne comporte aucun espace vert, si ce n’est une place centrale traitée comme un giratoire et un parking, et que les cartes mentales des enfants représentent d’ailleurs sous la forme d’un rond-point. Pour autant, il existe un peu à l’écart du bourg un secteur sportif très bien équipé, avec en particulier un terrain de pump-track déjà présenté ici et qui connaît un succès phénoménal ; et aussi un bel espace boisé au bord d’un bras de mer, où l’on peut même nager l’été si on ne craint pas la vase et les coquilles d’huîtres.

Comme d’habitude, ce travail fait apparaître la forte dépendance des enfants à la voiture pour les trajets quotidiens, ainsi qu’un manque de sécurité pour les déplacements à pied ou à vélo (trottoirs exigus, encombrés ou absents, vitesse des voitures, absence d’aménagements cyclables, etc). En ce qui concerne la richesse ou la pauvreté de l’expérience des espaces extérieurs, un sujet qui me tient à cœur, on observe que l’existence du pump-track permet de réduire fortement les disparités, et on se demande d’ailleurs où iraient et ce que feraient une douzaine d’élèves si ce terrain n’existait pas. En ce qui concerne l’hypothèse d’une pauvreté d’expérience des enfants vivant isolés à la campagne, elle a été clairement vérifiée dans les deux communes précédentes mais pas dans celle-ci. En effet, les trois enfants vivant dans une situation géographique isolée, bien à l’écart du bourg, ont tous un accès commode à un massif boisé départemental qu’ils apprécient et fréquentent pour diverses activités. On peut donc en conclure une nouvelle fois que si le fait d’habiter en campagne n’est aucunement une garantie de qualité de vie pour les enfants, l’isolement peut être compensé par d’excellentes conditions d’accès à des espaces naturels publics – mais c’est malheureusement loin d’être le cas partout.

Enfin, la question des disparités de pratiques et de richesse d’expérience entre garçons et filles avait été soulevée à Noyal-Muzillac, où les filles étaient nettement plus bridées que les garçons dans leur pratique des espaces extérieurs – ce qui avait en partie à voir avec de nombreux cas d’isolement en campagne. Ce n’est pas le cas ici, où le pump-track semble être un terrain commun aux deux sexes, encore qu’il faudrait voir comment la cohabitation fonctionne en pratique. On note tout de même que douze garçons ont pour centre d’intérêt principal la combinaison du terrain de foot et du pump-track, ce qui n’est le cas que pour deux filles. Ces dernières semblent d’ailleurs avoir des pratiques un peu plus diversifiées que les garçons et être davantage portées vers les espaces de nature.

Le rapport complet est téléchargeable ici. Le manuel présentant la méthode est téléchargeable ici ou à la rubrique « boîte à outils » de ce blog, il est possible de se passer de la cartographie sous SIG… d’autant que le dispositif ne fonctionne qu’avec un programme spécifique qui nécessite d’être connecté à l’université d’Uppsala.

Un commentaire

  1. Article très intéressant. Suite à un travail avec les collèges de nos territoire (https://www.youtube.com/watch?v=TEWBKmlfq5U&fbclid=IwAR32WRzdmnwN9s6sjdvh7TPB_Ldt-EsdqV5EJ2Iwj0ffY2RtNkzjIW93AT4), nous avons pu constater la nécessité d’échanger, avec les jeunes, les associations et les socio-pro travaillant sur les activités de pleine nature, sur la limite à moduler entre les activités payantes (ce que les jeunes évoquent souvent … laser game, kart, paintball ) et les activités licenciées (clubs et associations).

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