Ces espaces où on pourrait aller mais qu’on ne fréquente pas

A Lorient, le parc du Bois du Château semble anormalement peu fréquenté. Il serait intéressant de comprendre pourquoi.

Dans une étude comparative des méthodes de cartographie des fonctions sociales des espaces verts (présentée ici), des chercheurs danois soulignent une faiblesse de la méthode des sociotopes, qui est de de focaliser sur les « espaces favoris » et de délaisser de ce fait des espaces peu ou pas du tout utilisés, mais présentant un fort potentiel social. Comme en réponse à cette critique, l’étude réalisée sur les sociotopes de Plaine-Commune en Seine Saint-Denis identifie des « sociotopes réserves » qui sont des lieux où on se rend rarement, voire jamais, mais qui importent tout de même aux habitants car ils sont contents de savoir que ces lieux existent et qu’ils pourront s’y rendre un jour. Enfin, et en écho à ce qui précède, le travail récemment réalisé sur les sociotopes du secteur de la Flamenne, à Maubeuge, met aussi en évidence l’existence de potentiels sous-exploités, et aide à comprendre les raisons d’une sous-fréquentation de ces espaces.

Si la question de la « surfréquentation », réelle ou alléguée, des espaces verts et espaces naturels a fait l’objet d’une abondante littérature, on ne peut en dire autant des phénomènes de « sous-fréquentation » qui n’intéressent apparemment pas grand-monde, ou en tout cas pas les mêmes personnes. La faible fréquentation d’espaces a priori attractifs soulève pourtant des quantités de questions intéressantes, portant aussi bien sur des problèmes d’intégration urbaine (visibilité, complexité de parcours, accessibilité…) que d’adaptation aux besoins réels des habitants ou encore de facteurs culturels (envie de sortir de chez soi, capacité à accéder à l’information et à lire des cartes, peur de la nature, peur de se balader seul(e) dans des lieux qu’on ne connaît pas bien, etc). Ce qui semble aller de soi pour un public instruit – dont font partie les planificateurs et gestionnaires d’espaces verts publics – n’est pas forcément évident dans des quartiers où vivent des gens culturellement et géographiquement déracinés avec un faible niveau d’instruction.

En outre, et indépendamment de ces problèmes de sous-fréquentation, l’existence de « sociotopes réserves » est un thème important à prendre en compte dans la planification urbaine, car si ces espaces présentent vraiment un potentiel social, il vaut peut-être mieux s’appliquer à développer celui-ci plutôt que d’abandonner ces lieux à leur sort ou de les construire n’importe comment. C’est d’ailleurs une des leçons du travail réalisé à Maubeuge grâce à une approche des sociotopes bien adaptée au contexte local.

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