La vie sociale des petits espaces urbains (suite)

Central Park

En hommage aux petites choses

Pour conclure, laissez-moi dire un mot sur les grands espaces. Dans ce manuel, l’accent a été mis sur les petits espaces ; mais ce n’est pas pour minimiser la désirabilité des grands. La question est parfois soulevée de savoir s’il vaut mieux avoir un Central Park ou la même surface répartie en petits parcs. Mais on ne peut pas les comparer. Central Park est un magnifique espace à grande échelle, et il fait pour New-York ce qu’aucune agrégation de petits espaces ne pourrait produire. Mais il faut dire aussi que grâce au génie de Frederick Law Olmsted, Central Park est aussi un hébergeur de petits espaces, et les gens le pratiquent comme tel.

Le fait est toutefois que dans l’avenir, les opportunités dans les centres des villes seront en faveur des petits espaces. Et il y a de formidables opportunités. Pour sûr, leurs coûts peuvent être énormes – même là où les règles d’urbanisme poussent à en créer, elles intègrent des compromis coûteux. Mais les coûts sont élevés car il y a tellement de gens à satisfaire. Un espace moins coûteux à un autre endroit pourrait être une mauvaise affaire.

Ces parapets de pont à Bamberg (Allemagne) sont des « lieux pour s’assoir » très appréciés, bien que non conçus pour cet usage.

Certains des lieux les plus merveilleux sont des reliquats, des niches, des recoins ; et des bouts d’espaces qui surviennent par un heureux hasard peuvent fonctionner très bien pour les gens. Sur la 57è rue à New-York, à l’angle de Madison Avenue, il y a une banque avec deux rebords de fenêtres. Elles sont suffisamment basses pour qu’on puisse s’y assoir, et suffisamment enfoncées pour offrir un abri contre le vent. Il y a du soleil toute la journée, des flots de passants et, au coin de la rue, un vendeur de jus d’oranges pressées. C’est un splendide espace urbain. On trouve d’autres endroits dans le même genre, le plus souvent produits par inadvertance. Pensez à ce qu’on aurait pu offrir si quelqu’un les avait planifiés.

Les arrêts de bus sont souvent des lieux aimables, et bien plus pourraient l’être. Observez les gens qui s’y trouvent et vous verrez que beaucoup n’attendent pas le bus : ils apprécient seulement l’animation. En général, les seules aménités sont un banc ou deux, et un panneau avec les horaires. Si on y mettait un abri et un peu plus d’espace, ces endroits pourraient être bien plus accueillants. Et pourquoi ne pas faire des parcs de poche aux arrêts de bus ? A Billings, Montana, on est en train d’en faire un avec un groupe de bancs et des arbres au-dessus. Il va sûrement devenir le meilleur point de rencontre de la ville.

Le mobilier urbain peut participer à un meilleur fonctionnement des lieux mais, là encore, c’est souvent plus par inadvertance que par sa conception. Les boîtes à ordures en sont un exemple. La ville de New-York a dépensé des millions de dollars dans de lourds objets en béton, avec un haut plat. En tant que réceptacles, ils étaient désastreux, le haut fonctionnant comme un distributeur d’ordures. Mais ils étaient excellents pour d’autres usages. Les gens les utilisaient comme des petites tables, parfois pour s’assoir, ou encore pour remettre de l’ordre dans leurs affaires.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s