La vie sociale des petits espaces urbains : la triangulation

Les statues favorisent la triangulation. Ici, statue de Marx et Engels à Berlin.

Je poursuis la traduction du livre de William H. Whyte, mais en sautant des passages qui concernent peu ce blog, soit parce qu’il y est question de dispositions qui régissaient l’urbanisme new-yorkais dans les années 1970 et qui sont sans doute dépassées, soit parce qu’ils portent sur les espaces intérieurs ou les méga-structures urbaines. Nous arrivons donc au dernier chapitre du livre, qui porte sur la triangulation.

Nous avons vu les principaux facteurs qui font qu’un espace fonctionne. Mais il y en a un autre : je l’appelle la triangulation. J’entends par là le processus par lequel un stimulus extérieur quelconque crée un lien entre des gens et amène des étrangers à se parler comme s’ils se connaissaient.

Mettons que deux hommes se tiennent à un coin de rue. Un troisième arrive, il brandit une pancarte et entame une diatribe contre l’impôt unique. Ceci établit un lien entre les deux hommes : l’air de rien, ils vont se mettre à échanger des commentaires sur la comédie humaine en face d’eux, sur un ton de voix ordinairement réservé à des amis proches.

Certains personnages de la rue rendent la ville plus amicale. M. Magoo, qui joue le rôle d’agent de circulation bénévole au cœur de New-York, attire toujours la foule, et ses prestations créent un lien entre les spectateurs. La personne qui se tient près de vous va probablement vous raconter son histoire, ou alors vous demander d’où sort ce type. The Witch, une femme incendiaire qui injurie les puissants et crache sur les petits enfants, est sûrement déplorable : les étrangers échangent des regards choqués, mais ils sourient, aussi, comme s’ils étaient de son côté.

Le stimulus peut venir d’un objet physique, ou d’une vue. Depuis le petit parc sur la Promenade de Brooklyn Heights, s’offre une vue spectaculaire sur les tours de Manhattan de l’autre côté de l’East River. Elle est un grand enclencheur de conversation, et en général, elle fait l’objet d’échanges de commentaires entre des étrangers. Quand vous arrivez sur un tel spectacle, il serait impoli de ne pas le faire.

Les sculptures peuvent avoir de forts impacts sociaux. Des études « avant / après » sur la Chase Manhattan Plaza ont montré que l’installation de la sculpture « Four Trees » de Dubuffet avait un impact bénéfique sur l’activité piétonne. Les gens sont attirés par cette sculpture, et même à travers elle : ils se tiennent dessous, à côté, ils la touchent, ils en parlent. A Chicago, l’immense mobile de Calder a les mêmes effets.

A suivre. Le précédent texte de Whyte est ici.

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