Les deux écoles

la chapelle de Béquerel (auteur inconnu)

Dans la commune dont il est question ces temps-ci, et comme c’est très souvent le cas en Bretagne, il y a deux écoles primaires, l’une publique et l’autre privée, relevant de l’enseignement catholique. Bien entendu, tout le monde est traité exactement de la même manière lors des séances de travail avec les enfants, et comme le recrutement social des deux écoles n’est pas significativement différent dans cette région, au moins dans les campagnes, on ne peut guère s’attendre à trouver des résultats très différents d’une école à l’autre. Toutefois, avant de verser tout ce petit monde dans le même pot commun pour en extraire des statistiques, je vérifie par acquit de conscience s’il n’y aurait pas quelques particularités, et cette fois je tombe sur quelque chose d’intéressant.

En effet, je m’aperçois que 14 élèves du privé sur 19 déclarent que leur « espace favori » dans la commune est un espace naturel, contre seulement 8 sur 19 dans le public. Et en l’occurrence, cet espace est pour la majorité un adorable site avec une chapelle, un calvaire et une fontaine posées dans une prairie, au milieu des bois et en bordure d’un bras de mer – on se croirait en Bretagne ! Un seul élève du public mentionne son existence, mais les élèves du privé y viennent avec l’école pour diverses activités, et ayant ainsi fait sa connaissance, ils y reviennent avec leurs parents ou par leurs propres moyens pour jouer au ballon dans la prairie, jouer à cache-cache ou explorer les sentiers environnants. Pendant ce temps, leurs collègues de la Laïque sont au pump track (voir article précédent), ce qui n’est pas mal non plus mais n’offre probablement pas la même richesse de sensations et d’expériences. Et tous les enfants ne sont pas forcément grégaires, une élève de 9 ans déclare ainsi qu’elle n’aime pas le pump track parce qu’il y a trop de monde ainsi que des garçons encombrants, alors qu’elle aime bien être seule et qu’à la chapelle, « je suis au milieu de la nature, je peux crier et me défouler ».

Nous apercevons donc ici le rôle essentiel de l’école dans l’initiation des enfants à la connaissance et à la pratique du territoire, non seulement pour des activités physiques classiques, mais aussi pour des pratiques non encadrées relevant du sensible, de la créativité ou de l’imaginaire. Cette chapelle nous rappelle aussi au passage que la présence d’un élément de patrimoine constitue une valeur de sociotope, lorsqu’elle participe à l’attrait d’un lieu.

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