Le pump track change les pratiques de loisirs des jeunes…

…à tel point qu’on se demande à quoi ils pouvaient bien s’occuper avant. Rappelons qu’un pump track est un parcours en boucle fermée, formé d’une succession de creux et de bosses avec des virages plus ou moins serrés, qui peut être emprunté par divers types d’engins à roues (VTT, trottinettes, skates, rollers etc). Il peut être réalisé avec divers matériaux (terre battue, béton, enrobé ou autres).

Dans une commune morbihannaise de 2400 habitants, je viens de conduire des entretiens individuels auprès de 38 élèves de CM1 et CM2 sur leurs pratiques des espaces extérieurs. Une des données frappantes est que 24 d’entre eux (63 %) fréquentent le pump track de la commune, et que pour 16 élèves, il s’agit même de leur lieu favori dans la commune. Cet équipement répond manifestement à diverses attentes des enfants et des jeunes : plaisir de rouler, de se dépenser, d’éprouver des sensations fortes et de prendre des risques tout en restant dans de bonnes conditions de sécurité, possibilité de rencontrer des copains, ce à quoi j’ajouterai aussi le côté « scène sociale » puisque c’est un lieu où l’on peut aussi bien se donner en spectacle qu’être le spectateur des autres. Enfin, l’endroit est rassurant pour les parents qui savent où est leur progéniture.

Les réponses font toutefois apparaître des difficultés liées à l’usage de cet équipement. Si la pratique est répartie assez également entre filles (11) et garçons (13), les « petits » se plaignent que l’équipement soit parfois monopolisé par les « grands », ou que ceux-ci aient parfois des comportements désagréables à l’égard des plus jeunes et des moins expérimentés – c’est donc un lieu où s’expriment des rapports de force, on peut l’accepter au motif que c’est la dure école de la vie, mais on pourrait aussi souhaiter que ce soit une école du respect des autres. On relève au passage que trois élèves déclarent ne pas fréquenter le pump track parce qu’ils n’aiment pas cette ambiance parfois un peu « dure ». Il en découle naturellement des propositions pour qu’à côté du pump track des « grands » soit réalisé un pump track des « petits ». Pas sûr que la commune y soit prête, sachant que cet équipement lui a déjà coûté très cher.

Où iraient les enfants et que feraient-ils s’il n’y avait pas de pump track ? Pour une dizaine d’entre eux, il s’agit de leur principale activité d’extérieur, à part les tours à vélo dans des rues de lotissements. Les espaces naturels, dont cette commune est largement pourvue, pourraient leur offrir de quoi se dépenser et s’amuser, mais ils les fréquentent peu. Même si le pump track a beaucoup de qualités, il serait dommage qu’il détourne les enfants des plaisirs que peuvent offrir les espaces naturels, dans un environnement autrement plus riche que celui d’une piste en bitume.

Un commentaire

  1. J’ai eu l’occasion, lors d’une concertation (sur un sujet fort différent) dans une commune de Seine Maritime, qui venait d’inaugurer un pump track, de faire exactement les mêmes constats sur l’appropriation voire l’adoption des lieux, sur sa fonction de scène sociale. Il serait intéressant que j’y retourne, dix huit mois apres son inaguration : vos remarques sur les difficultés liées à l’âge m’intriguent fortement !

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