Sur un quai portuaire (suite)

Conversation au bord du quai, tandis qu’un couple pêche le crabe à la balance

Mon travail d’observation et d’enquête sur les usages d’un quai portuaire en Bretagne est maintenant terminé. Lancée au début du confinement printanier, l’opération s’achève en confinement automnal, et entre les deux j’ai pu faire 32 entretiens qui m’ont permis de rencontrer 66 personnes.

Il en ressort que ce quai, qui est une installation technique dont l’accès est explicitement interdit au public, est devenu au fil des ans un des buts de promenade favoris des habitants d’une commune urbaine, d’autant que la municipalité a eu l’excellente idée d’aménager un sentier piétonnier et une piste cyclable qui y conduisent tout droit. Il s’y pratique toutes sortes de choses, et j’ai relevé pour ma part (par fréquence décroissante) la balade à pied, la cueillette, la pêche depuis le quai, les activités sportives (jogging, vélo), la baignade, la rencontre et la conversation, le pique-nique et la photo. Rien que du classique, mais j’ai fini par découvrir que la fonction de lieu de rencontre était bien plus développée que ce que j’imaginais. Il m’est apparu que c’était un lieu de rendez-vous pour des personnes de tous âges, dont beaucoup viennent en voiture et s’installent sur le quai face à la mer pour bavarder confortablement à l’abri du suroît. Les allées et venues de voitures sur les zones portuaires désertes pouvant laisser présager des activités de rencontre relevant du « plus si affinités », j’ai eu quelques soupçons mais tout le monde m’a confirmé qu’on était ici dans le strict cadre de l’amitié, et je ne demande qu’à le croire, d’autant que pour le « plus si affinités », il y a une adresse en plein-air non loin de là.

Mais ce n’est pas tout, car si vous cherchez un endroit pour vous débarrasser d’un véhicule volé ou pour tenter une arnaque à l’assurance, c’est ici l’endroit rêvé, il suffit de se garer au ras du quai, de pousser un peu, et plouf ! La dernière fois, c’était une camionnette il y a quelques jours. Enfin, la présence de divers déchets signale qu’il doit y avoir là des activités festives nocturnes, d’ailleurs on est au cœur d’un secteur très apprécié pour les « runs » sauvages de motards.

Voilà donc un bilan sociotopique très convenable pour un lieu où personne n’est censé mettre les pieds. Quant aux préconisations pour les nouveaux aménagements portuaires envisagés ici, j’ai proposé de faire comme aujourd’hui, c’est à dire d’instituer une interdiction d’accès et de ne pas la faire respecter – une solution « à la française », bien hypocrite et qui arrange tout le monde : les usagers bien sûr, la police qui a toujours autre chose à faire, et aussi la collectivité qui limite sa responsabilité en cas d’accident. Tant que j’y étais, j’ai aussi proposé qu’on installe des tables et des bancs aux alentours, pour inciter les gens à sortir de leur voiture et à profiter du bon air marin, lequel fera l’objet d’un prochain article.

La suite de l’histoire de ce quai est ici.

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