Accès aux espaces verts : la complexité des trajets

Comme l’a clairement montré Alexander Ståhle dès ses premières études sur les sociotopes, la simplicité des trajets pour se rendre dans des espaces verts est une des clés du succès de ceux-ci. Il est en effet prouvé que plus un trajet est complexe, avec de nombreux changements de direction, moins il a de chance d’être emprunté, quelque soit d’ailleurs le mode de locomotion. On voit donc une fois de plus que la notion de trajet « à vol d’oiseau » n’a guère d’intérêt pour ce qui est d’analyser l’offre d’espaces verts, et que si le temps de marche est un critère bien plus utile, il convient aussi d’analyser la complexité des trajets.

A vol d’oiseau, et sur le plancher des vaches : accès à un parc public dans la banlieue de Strasbourg (JP Ferrand)

Pour cela, il est possible d’utiliser le logiciel DepthMap déjà présenté ici à diverses reprises (il doit d’ailleurs en exister d’autres, par exemple Urban Network Analysis). Un exemple avec une ville dont j’ai redessiné à la main tout le réseau de rues (quelques heures de travail, mais c’est peut-être faisable plus rapidement avec un SIG), sous forme de droites sécantes en essayant de rectifier autant que possible les courbes qui perturbent un peu l’analyse. DepthMap offre différents outils d’analyse, dont le calcul du degré d’intégration, qui, pour faire simple, détermine la distance angulaire (nombre de changements de direction) séparant un segment de tous les autres segments du réseau. On voit ainsi apparaître en rouge les sections de voirie les plus fortement intégrées, et en bleu, dans les tréfonds du territoire, celles qui sont les plus complexes à atteindre. Au passage, il a été vérifié que DepthMap est capable de prédire avec une bonne fiabilité les flux de déplacements internes au territoire étudié, sans qu’il soit besoin de disposer de données démographiques ou de comptage, car ces flux sont généralement les plus intenses sur les segments rouges.

Si on place des espaces verts dans ce maillage de rues, ont voit tout de suite que certains (exemple 1 sur la carte ci-dessus) sont situés le long des voies les mieux intégrées, et comme par hasard le parc mentionné est le plus utilisé de la ville. A l’inverse, le parc 3 ne peut être atteint qu’en suivant des parcours tortueux et il n’est guère utilisé que par les habitants du quartier. Notons d’ailleurs que se trouve là un gros ensemble d’habitat social qui connaît divers problèmes, et qu’il doit y avoir aussi comme un rapport entre l’intégration spatiale et l’intégration sociale. Enfin, le parc 4 est lui aussi d’un accès relativement complexe, mais il parvient à compenser cette faiblesse par une forte attractivité liée à ses qualités propres, à des aménagements cyclables et à une bonne signalisation.

L’outil DepthMap, basé sur la notion de « syntaxe spatiale », se révèle donc très utile pour mieux cerner cette dimension de l’accessibilité des espaces verts. Il permet même de simuler les incidences de la création de nouvelles liaisons permettant des trajets plus simples. Dommage qu’il ne soit pas un peu plus souvent utilisé dans les diagnostics de territoires.

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