Une méthode en onze points pour réussir les espaces publics

L’association américaine Project for Public Spaces (PPS), maintes fois célébrée dans ce blog, promeut les initiatives citoyennes en faveur des espaces publics dans le monde entier et a aidé à mettre en place des milliers de projets. Ils se basent sur une solide méthode en 11 points, qui mérite notre intérêt et dont je vous propose une traduction.

« PPS a identifié 11 éléments-clés pour transformer des espaces publics en lieux d’intense vie sociale, que ce soient des parcs, des places, des squares, des rues, des trottoirs ou des myriades d’espaces ouverts ou fermés ayant en commun un usage public :

 1. L’expert, c’est la communauté

Le point de départ est de prendre en compte les points de vue et les talents existants au sein de la communauté. On trouve partout des gens capables de donner un point de vue historique, de bien expliquer comment un site fonctionne et de comprendre ce qui est important pour les gens. Le fait de collecter ces informations dès le début aide à l’appropriation collective du projet.

 2. Créer un lieu, et non un design

Le design ne suffit pas, il faut aussi intégrer les éléments physiques qui font que les gens vont se sentir accueillis et confortablement installés – par exemple des sièges, un bon dispositif de circulations piétonnes… Le but est de créer un lieu qui possède un fort sens de la communauté et donne une image de confort, générant des usages qui produisent tous ensemble quelque chose de plus que la somme de chaque usage. Facile à dire, mais difficile à réaliser.

 3. Chercher des partenaires

Ils sont indispensables pour le succès et l’image d’un projet d’amélioration d’un espace public – par exemple pour des séances de remue-méninges et pour développer des scénarios. Il peut s’agir d’institutions locales, de musées, d’écoles, etc.

 4. On peut voir beaucoup de choses tout simplement par l’observation

Nous avons beaucoup à apprendre des succès et échecs des autres. En observant comment les gens utilisent (ou n’utilisent pas) des espaces publics et en essayant de comprendre ce qu’ils y apprécient ou non, on se fait une meilleure idée de ce qui peut fonctionner. L’observation montre ce qui manque à un endroit et ce qu’on pourrait y offrir. Et une fois le projet réalisé, la poursuite de l’observation permet de savoir comment gérer l’endroit et le faire évoluer.

 5. Avoir une vision pour le lieu

Il faut qu’une vision se dégage au sein de chaque communauté, sur le genre d’activités qu’un lieu se prête à accueillir, sur l’image qu’on veut lui donner, sur son confort, ses attraits pour donner aux gens l’envie d’y venir et créer de la fierté chez les gens qui vivent et travaillent dans le voisinage.

 6. « Commencer par les pétunias » : léger, rapide, pas cher

La complexité des espaces publics est telle que vous ne pouvez pas vous attendre à tout réussir du premier coup. Les meilleurs endroits peuvent naître d’améliorations à court terme qui peuvent être testées et perfectionnées au fil des ans. Des actions à court terme, comme planter des pétunias, peuvent être une manière non seulement de tester des idées, mais aussi de montrer aux gens que quelque chose est en train de changer et que leurs idées comptent. Des éléments tels que des sièges, des cafés de plein-air, des œuvres d’art, des passages et cheminements piétons, des jardins partagés peuvent être réalisés rapidement.

 7. Trianguler

« La triangulation est le processus par lequel un stimulus externe établit un lien entre des gens et amène des étrangers à se parler comme s’ils se connaissaient » (H. Whyte). Dans un espace public, le choix et l’arrangement de différents éléments peuvent mettre en place une triangulation. Par exemple, si un banc, une poubelle et un téléphone sont placés sans connexion entre eux, chacun n’aura qu’un usage limité, mais s’ils sont disposés ensemble et en relation avec d’autres aménités, comme un kiosque à café mobile, ils vont naturellement rapprocher les gens. Ou encore : si dans une bibliothèque publique la salle de lecture des enfants est placée près du terrain de jeux d’un parc et d’un restaurant de plein-air, chacune de ces activités marchera mieux que si elles étaient distantes.

 8. On va vous dire que « ça ne marchera pas »

Si on cherche à créer de bons espaces publics, on rencontre forcément des obstacles parce que personne, que ce soit dans le secteur public ou dans le privé, n’a la mission ni la responsabilité de « créer des lieux ». Par exemple, des professionnels tels que des ingénieurs de la voirie ou des déplacements, des urbanistes ou des architectes ont tous des définitions étroites de leur métier – faciliter le trafic, faire arriver les trains à l’heure, faire des plans d’urbanisme ou dessiner des bâtiments. Mais leur boulot n’est pas de créer des « lieux ». Le fait de débuter par des améliorations à petite échelle, conçues avec la communauté, aide à démontrer l’importance des « lieux » et à surmonter les obstacles.

 9. La forme est au service de la fonction

L’engagement de la communauté et des partenaires, la compréhension du fonctionnement du site, l’expérimentation, le fait d’avoir surmonté les obstacles et les scepticismes aident à dégager le concept approprié à un lieu. Bien que le design soit important, tous ces éléments vous disent quelle est la « forme » qui permettra de concrétiser la vision du lieu.

 10. L’argent n’est pas le problème

Ce point de vue peut s’appliquer de multiples manières. Par exemple, quand vous avez mis en place l’infrastructure élémentaire des espaces publics, les éléments ajoutés qui vont le faire fonctionner (marchands ambulants, cafés, fleurs, sièges…) ne coûteront pas cher. Le plus important est qu’en suivant cette voie, les gens seront tellement enthousiastes pour le projet que la question du coût sera vue sous un angle plus large et relativisée par rapport aux bénéfices.

 11. Vous n’en avez jamais fini

 Par nature, les bons espaces publics qui répondent aux besoins et aux opinions d’une communauté changeante requièrent beaucoup d’attention. Les équipements se dégradent et doivent être remplacés, il peut se passer diverses choses dans l’environnement urbain. L’ouverture aux besoins de changement et la souplesse de gestion permettant d’intégrer ces besoins, c’est ce qui produit les grands espaces publics et les meilleures villes. »

 

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