Urbanisme féministe et sociotopes (suite)

Quai à Bergen (Norvège)

Le récent article sur les « lignes directrices » proposées en Suède pour un urbanisme féministe m’a donné l’occasion d’échanger là-dessus avec trois personnes, toutes des femmes. Il en ressort, de leur part, une certaine perplexité quant à l’idée de considérer les femmes comme des victimes, qu’il faudrait prendre en charge, ou de concevoir des projets d’aménagement à partir d’une accumulation de demandes catégorielles : « les femmes, les enfants, les ados, les vieux, les handicapés… »… et pourquoi pas les gauchers, les LGBT, les végans ou les Mormons, tant qu’on y est ? La solution qui m’est suggérée par une interlocutrice urbaniste, c’est « faisons simplement des aménagements bien pensés, et tout le monde y trouvera son compte ».

Bon sang, mais c’est bien sûr, en voilà une idée pleine de bon sens ! Le problème c’est que pour réussir des aménagements où chacun se sente bien et en sécurité, il faut avoir de bonnes méthodes de travail, prendre en compte la diversité des regards et des besoins, aller vers les gens et les associer aux projets… et il ne suffit pas de « poser un geste », comme on dit chez les architectes. Nous revoilà donc au point de départ : le « public » n’est pas une masse indistincte, ce terme recouvre une grande variété de situations auxquelles il convient d’être attentif. Les femmes, les jeunes, les vieux, les personnes handicapées, ça fait du monde et il n’est ni ridicule, ni paternaliste de prendre en compte leur point de vue. Il y avait déjà des gens pour y penser au 16è siècle : « Pour Marie de Gournay, si seulement les hommes pouvaient exercer leur imagination et voir le monde comme le voit une femme, ne fût-ce que quelques minutes, ils apprendraient de quoi changer à jamais de conduite. Mais ce saut de perspective est apparemment une chose qu’ils ne surent jamais accomplir (1) ».

Dans cette perspective, l’approche volontariste proposée en Suède me semble intéressante et peut mériter d’être testée – après tout, on fait bien en France des « marches exploratoires des femmes » dans certains quartiers, on peut espérer que ce n’est pas seulement pour prendre l’air mais que c’est supposé déboucher sur du concret ? S’il faut attendre pour agir que soient épuisés les débats sur les fins et les moyens, on peut toujours s’en remettre à la méthode d’Henri Queuille (1884-1970), Président du Conseil et phare de la pensée politique de la IIIè République :  « Il n’est pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout ».

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(1) Marie de Gournay, 1565-1645, écrivaine autodidacte, féministe et éditrice des Essais de Montaigne en 1595. Co-initiatrice de l’Académie Française (mais elle n’eut évidemment pas le droit de siéger à ses réunions). Citation trouvée dans « Comment vivre ? Une vie de Montaigne », par Sarah Bakewell, Albin Michel, p. 429.

Article du 13 janvier 2018 déplacé de l’ancien blog.

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