Moins de place pour la voiture, ou plus pour les gens ?

Une erreur à mon avis trop souvent commise, au nom de la bonne cause de la reconquête des espaces publics, consiste à placer la voiture au centre des débats. Il suffit d’assister à n’importe quelle réunion dans laquelle le sujet arrive sur le tapis pour constater que la place occupée par la voiture devient rapidement l’objet essentiel des échanges. Il en résulte une polarisation entre des gens qui rêvent de chasser les voitures d’espaces où elles n’ont selon eux rien à faire, et d’autres qui défendent bec et ongles les places de stationnement. Les défenseurs du statu-quo n’ont alors aucun mal à faire passer les « 40 millions d’automobilistes » pour les éternelles victimes de la vindicte des pouvoirs publics associés aux khmers verts ou aux ayatollahs écolos.

Une autre manière de procéder consiste à partir du point de vue des piétons, des cyclistes, des handicapés, des enfants, des personnes âgées… et à ne jamais en dévier, ou du moins à toujours y revenir, de manière à ce que l’espace dévolu à la voiture devienne le résultat du confort et de la sécurité garantis aux autres usagers, ce qui inverserait évidemment la perspective par rapport à ce qui s’est longtemps pratiqué. La question primordiale est par exemple de savoir si on assure aux piétons le droit de marcher à deux de front sur un trottoir ou si des parents peuvent se permettre de lâcher la main de leurs enfants sur une place : on peut y répondre par « oui » ou par « non », mais il faut ensuite en tirer et en assumer les conséquences. En d’autres termes, il s’agit de parler le plus possible des gens considérés dans leur diversité, en évitant de partir dans d’interminables querelles sur la capacité de stationnement, ce qui suppose d’avoir des objectifs clairs, une argumentation solide et une certaine capacité à mener des débats .

On pourra rétorquer que c’est facile à dire et que lorsque l’on doit faire face à des commerçants déchaînés, éventuellement aiguillonnés par l’opposition municipale, on est bien obligé d’en rabattre un peu et d’aller sur le terrain où l’on cherche à vous entraîner. J’espère pour ma part avoir l’occasion de mettre cette approche en pratique à l’occasion d’une étude d’aménagement de bourg. Quoi qu’il en soit, il ne manque pas de belles réalisations – de Copenhague dans les années 1960 à Barcelone ou Pontevedra ces dernières années, en passant bien sûr par Paris et les berges de la Seine, pour illustrer la justesse de choix courageux défendus contre vents et marées – ce qui nous rappelle au passage que l’esprit de concertation, très dans l’air du temps, ne doit pas être un prétexte pour laisser s’enliser des projets.

Photo : la place principale de ma ville en 2002. Rien n’a changé depuis, si ce n’est que l’activité commerciale a continué à décliner. Pas assez de places de stationnement, sans doute ?

Date de l’article d’origine : 10 décembre 2019

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