Le coin des ados à Die

Comme beaucoup de villes du Sud, Die recèle plusieurs places agréables, calmes et ombragées. L’une d’elles, la place Jules Plan, se caractérise par une animation différente des autres. Une de ses extrémités comporte en effet un petit auvent, adossé au mur d’une maison et doté de corniches commodes pour s’asseoir, de sorte que cette place est devenue le quartier général de groupes d’adolescents qui ont tendance à parler fort et à être un peu remuants – ce qui n’empêche pas un monsieur de lire tranquillement à peu de distance, comme on le voit sur la photo ci-contre.

On trouve ici les ingrédients de base des sociotopes d’ados, à savoir une position qui permet de voir sans être trop visible, des lieux pour s’asseoir, de l’espace devant pour évoluer et se donner en spectacle, et enfin un abri contre les intempéries. Transposés dans les petites communes rurales, ces « pré-requis » expliquent que le coin des ados soit souvent un abribus – pas très vaste, mais il faut bien faire avec -, ou encore un ancien lavoir municipal, ou l’auvent du terrain de boules… Et qu’en est-il dans les lotissements, où de tels aménagements font souvent défaut ? Puisque nous parlions ces jours-ci de l’anthropologue Eric Chauvier à propos de son livre « La Petite Ville », je vous soumets ce curieux texte que j’ai trouvé dans son opuscule intitulé « Contre Télérama » (éd. Allia, 2011, 64 p.) :

« ADOLESCENCE – Que savons-nous des rassemblements des adolescents péri-urbains dans ces arrière-places de nos lotissements – des espaces verts, boisés, de forme rectangulaire -, de leurs petits jeux de séduction, de leurs drames à leur échelle, de leur refus du monde adulte et, par là, de leur résistance à une logique de classe qui, bientôt, les absorbera vraisemblablement ? De nos pavillons, nous les entendons crier de façon obscène à notre intention : lorsque nous les cherchons, ils chuchotent et disparaissent. En se rendant réceptif à ces hurlements sauvages, l’adulte évite ici de flirter avec une tristesse sans nom. Il éperonne sa mémoire et produit des images, des odeurs et des sons qui délient son potentiel de fiction, autrement dit son aptitude à transgresser les standards de la vie mutilée ».

Pas forcément très clair sur la fin, mais quelques images justes dans cette page, une des rares qui me semblent pouvoir être sauvées dans ce livre que j’ai globalement détesté, à la différence de l’autre – je m’autoriserai peut-être un « hors-sujet » pour m’en expliquer un jour.

Date de l’article d’origine : 14 août 2019

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