Le cercle (vertueux) de la création d’espaces publics

Notre très prolifique inspirateur Alexander Ståhle vient tout juste de sortir un nouveau rapport, intitulé « Public space making / Searching for best practice from planning to management » (Spacescape, 10 octobre 2019). Ce document propose un panorama des pratiques de développement des espaces verts, à partir d’entretiens avec des urbanistes, des économistes de l’immobilier, des aménageurs, des propriétaires, des chercheurs et des « place makers » à New-York, Tokyo, Londres, San Francisco, Stockholm et Paris (où l’interlocuteur de l’auteur était Nicolas Laruelle (IAU), qui fut à l’origine de ce blog).

Ce travail, très axé sur l’économie et la planification urbaine, aborde les différents cadres juridiques et financiers permettant dans un cadre d’économie libérale de produire des « espaces publics », ou plus exactement des « espaces accessibles au public », car il englobe des pratiques hybrides dont nous n’avons pas tellement l’habitude en France et en particulier les POPS (Privately Owned Public Spaces), qui font intervenir des acteurs privés. Ainsi, si vous suivez ce blog, vous avez déjà entendu parler des plazas américaines qui sont des propriétés privées ouvertes au public en application des règlements d’urbanisme. Intéressons-nous pour aujourd’hui au schéma présenté ci-contre.

(1) Les espaces publics sont des biens publics qui créent des externalités (2) ainsi que différents types d’aménités et de valeurs. Celles-ci se traduisent dans la valeur foncière des alentours (3), laquelle repose également sur la localisation et l’accessibilité de l’espace public, ses qualités, ainsi que sur les droits à construire. La planification urbaine (4)  peut modifier les droits à construire ou les obligations en matière d’espaces verts, il s’agit là d’un processus politique qui doit impliquer les habitants. Dans ce nouveau cadre réglementaire, les propriétaires peuvent créer de la valeur en investissant (5), par exemple dans la création de nouveaux logements. Ce surcroît de valeur au profit du du secteur privé peut être en partie capté par la collectivité sous forme de contributions (6) monétaires ou en nature. Avec l’argent public ainsi récolté, éventuellement complété par des fonds privés, de nouveaux espaces publics peuvent être conçus et aménagés (7) par la collectivité ou le secteur privé, avec une propriété publique ou privée. Enfin, la gestion de l’espace public (8) peut être prise en charge aussi bien par le privé que par le public. Le schéma signale au passage que la phase de développement (étapes 4 et 5) n’est pas forcément nécessaire pour permettre à la collectivité de récupérer une part de la plus-value.

Ce merveilleux schéma, qui semble fonctionner tout seul, implique tout de même qu’il existe une puissance publique digne de ce nom, capable de taxer les plus-values et d’imposer des règles d’intérêt général aux opérateurs privés. Cela ne va pas de soi partout où les pouvoirs publics sont au service desdits opérateurs, dont ils soignent les intérêts contre le fiscalisme punitif et confiscatoire de marxistes attardés, comme on dit dans Valeurs Actuelles. Cette idée de prélever une part de la plus-value créée par les investissements publics – entre autres sous forme d’espaces verts – répond directement au panneau « Tout le monde travaille, sauf le lot vacant » (Rockford, 1914) présenté ici il y a quelques jours.

Date de l’article d’origine : 28 octobre 2019

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