La vie sociale des petits espaces urbains : la rue (1)

(Suite de la traduction de « The social life of small urban spaces », par W.H. Whyte)

Maintenant, nous en arrivons à l’espace-clé pour une plaza. Il n’est pas sur la plaza. C’est la rue. Les autres agréments dont nous avons parlé sont assurément importants : les lieux pour s’asseoir, le soleil, les arbres, l’eau, la nourriture. Mais ils peuvent être ajoutés. La relation à la rue, elle, est intégrale, et elle est de loin le facteur le plus critique.

Une bonne plaza commence au coin de la rue. Si c’est un coin actif, il a une vie sociale par lui-même. Les gens ne s’y arrêtent pas seulement en attendant le signal pour traverser : certains vont y être pris dans une conversation, tandis que d’autres seront comme figés dans une sorte d’au-revoir prolongé. S’il y a un marchand ambulant, les gens vont s’y agglutiner, et il va y avoir d’importants flux d’allées et venues entre la plaza et le coin de rue.

L’activité dans ce genre d’endroit est un grand spectacle, et une des meilleures manières de la favoriser, c’est encore de ne pas la bloquer. L’espace le plus précieux est situé en première ligne, et s’il y a moyen de s’y asseoir, il attirera la plupart des gens. Mais trop souvent, on en peut pas s’asseoir et il s’en faut parfois de désespérément peu. Les barreaudages sur posés sur les corniches peuvent en être la cause. Ainsi, devant l’immeuble General Motors sur la 5è Avenue, la corniche bordant le trottoir fait face à une des meilleures scènes urbaines qui soient ; et elle serait éminemment asseyable si seulement elle n’était pas surmontée d’un barreaudage, placé à exactement 15 cm du rebord. Cinq centimètres de plus, et vous pouviez vous y asseoir confortablement. Les corniches inclinées présentent souvent des difficultés du même genre, surtout lorsqu’elles sont associées à des buissons épineux.

Un autre élément-clé de la rue, ce sont les commerces – les magasins, les vitrines avec des étals, des signes pour attirer votre attention, des portes d’entrée, des gens qui entrent et qui sortent… Les grands immeubles de bureaux ont éliminé des magasins et ce par quoi ils les ont remplacés, ce sont des panneaux de verre à travers lesquels vous pouvez apercevoir des employés de banque à leur bureau. Une section de ce genre est déjà suffisamment morne, mais bloc après bloc, cela finit par donner une impression de déprime accablante. L’Avenue des Amériques à New-York [la 6è Avenue] a tellement de plazas sans commerces que les quelques sections de paysage de rue ordinaire qui y subsistent semblent aujourd’hui incroyablement attirantes.

Comme condition pour pouvoir bénéficier du bonus pour création d’espace ouvert, les aménageurs devraient se voir imposer de consacrer au moins 50% des rez-de-chaussée aux commerces de détail et à l’alimentation, et c’est ce que demande le règlement d’urbanisme de New-York. La pression du marché travaille heureusement aux mêmes fins. A l’époque de notre étude, les banques chassaient les commerces des rez-de-chaussée. Depuis, elles ont réduit la toile et les magasins reviennent en grâce. Mais cela ne fait pas de mal d’avoir des règles.

Photo : rue à Montréal.

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