La France des sociotopes, d’un voyage à l’autre

Je rentre d’un voyage de trois semaines à travers la France, en ayant suivi un axe allant grosso modo de la Bretagne à la Drôme en passant par l’Auvergne. En 2012, j’avais effectué un périple du même genre. En sept ans, il est possible de constater des changements, pour le meilleur et pour le pire, dans le domaine qui nous intéresse. Quelques points saillants :

– Le développement fulgurant des boîtes à livres : le sujet, déjà abordé ici à plusieurs reprises, peut sembler anecdotique, mais sur un plan symbolique, il représente une victoire de l’idéalisme constructif sur le scepticisme congénital des Français (« Ce truc ne marchera jamais, les gens ne vont pas respecter le matériel, il vont faucher tous les bouquins », etc).

– Le développement non moins fulgurant des marchés de producteurs, qui animent une fois par semaine les places d’innombrables villages jusque dans les coins les plus perdus. Là aussi, en plus de l’aspect économique, il y a un côté symbolique dans le retour de liens sociaux sur des espaces rendus (temporairement) aux piétons.

– L’évolution du fleurissement des espaces publics vers de nouvelles pratiques beaucoup plus variées et attractives que les parterres de bégonias  (jardins à thèmes, biodiversité, pédagogie, dimension sensorielle, etc).

– L’amélioration progressive de la propreté des toilettes publiques, qui tend à rapprocher notre pays des nations civilisées même s’il reste encore un  long chemin à parcourir. Je décerne pour ma part le premier prix national aux toilettes d’Arnac-Pompadour (Corrèze), où l’on va jusqu’à expliquer en détail le mode d’emploi des lieux.

– L’offre phénoménale et sans cesse accrue d’aires de pique-nique, souvent dans des endroits très agréables (c’est l’avantage de l’émiettement communal, car chaque commune veut avoir la sienne, ce qui en assure déjà 35 000).

Il y a aussi des constats moins réjouissants, notamment la tendance à sortir les boulangeries des bourgs pour les placer sur un rond-point au bord d’une route départementale. D’une manière générale, beaucoup de municipalités s’emploient très efficacement à dévitaliser leur bourg ou leur ville par des implantations commerciales périphériques, ce qui leur permettra de postuler ultérieurement à des études de revitalisation, lesquelles conduiront à dépenser de l’argent public pour faire revenir ces activités dans les centres. Enfin, il n’est pas rare que des opérations parfois coûteuses de « paysagement » d’espaces publics arrivent à stériliser des lieux qui auraient pu devenir plus vivants grâce à des méthodes plus simples.

Enfin, et en guise de conclusion provisoire, on voit se dessiner de plus en plus nettement d’une commune à l’autre un clivage culturel entre deux France : celle de l’ordre, qui s’accommode très bien d’environnements stériles pourvu qu’ils donnent une image « propre » et qu’il n’y ait pas de mauvaises herbes, et celle de la diversité, qui tolère voire encourage ce qu’il peut y avoir de spontané et d’informel dans les espaces publics.

Photo du haut : boîte à livres à Saint-Chély-d’Aubrac (540 habitants). Notez la table et les chaises amovibles, laissées en permanence sur l’espace public !

Photo du milieu : marché de producteurs, également à Saint-Chély-d’Aubrac.

Photo du bas : jardin à thème à La Chapelle-en-Vercors, « village botanique ».

Date de l’article d’origine : 23 juillet 2019

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