Des espaces publics plutôt végétaux, ou minéraux ?

L’article précédent, à propos des pétunias et du mouvement « biodaliste », pose la question du sens que peut avoir le fait d’apporter de la végétation dans des espaces minéralisés tels que des places ou des trottoirs. Cette question, j’ai eu l’occasion de me la poser il y a quelques semaines à propos d’échanges entre collègues sur les places publiques de la ville de Pontevedra, en Espagne.  Sont-ils trop minéralisés, pas assez verts et donc pas assez accueillants ? Ou au contraire bien adaptés aux diverses fonctions des espaces publics dans un centre-ville ? Voici que cette question est abordée également dans un article de la revue en  ligne Métropolitiques, publié en octobre 2019 et intitulé « Végétaliser les villes : une question ancienne ? ».

Une idée très en vogue, c’est que le vert (et donc le végétal) c’est bien par nature et par définition, que plus il y en a et mieux c’est, tant pour la biodiversité que pour le paysage, le bien-être, la régulation des eaux pluviales, le stockage du carbone, la réduction de la chaleur urbaine et autres « services écosystémiques ». C’est ainsi que des architectes se mettent à planter des arbres sur les terrasses de leurs immeubles, ou que des activistes urbains enlèvent des pavés pour mettre des fleurs à la place. Tout cela est sûrement fort bien, mais attention à ne pas aller vers un dogme du verdissement à tout prix. L' »esprit d’un lieu », dont nous parlions il y a quelques semaines, cela peut être la minéralité, et tout les usages qui vont avec – accueillir un marché ou une fête, rouler à trottinette, jouer à la marelle, pouvoir regarder les gens qui passent ou l’ordonnancement des façades… Nul ne s’offusque que la place de Sienne soit entièrement minérale – ce qui participe à ses usages, à son esthétique aussi bien qu’à son ambiance sonore, et on peut espérer qu’elle ne soit pas dépavée et plantée au nom de la séquestration du carbone ou de la prévention des îlots de chaleur. Il y a des risques que la végétalisation mal pensée compartimente des espaces qui fonctionnaient très bien d’un seul tenant, et que les bénéfices des plantations ne soient pas supérieurs aux inconvénients résultant d’une restriction des fonctions sociales. De plus, comme le rappelle l’article précité, les atteintes aux arbres urbains sont depuis très longtemps des sujets de polémiques parfois violentes, et cela signifie qu’il est plutôt délicat de supprimer un arbre mal implanté.

Bien entendu, tout est affaire de cas d’espèces et de contextes particuliers – culturels, sociaux, architecturaux, climatiques, etc. L’idée à retenir, c’est peut-être qu’avant de plaquer sur un espace des solutions préconçues, fût-ce au nom de la bonne cause écologique, il faut essayer de comprendre comment cet espace vit avec ses usagers, et pourquoi pas construire le projet avec ceux-ci, en examinant posément et sans parti-pris les avantages et inconvénients respectifs de la minéralité et de la végétation.

Photo : une place publique à Rhodes (Grèce). Aucun arbre, que du minéral… et ça fonctionne !

Date de l’article d’origine : 29 novembre 2019

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