De plazas en piazzas

Il est beaucoup question des « plazas » des grandes villes américaines dans les œuvres de William H. Whyte. Ce terme provient de l’espagnol, même s’il existe d’autres dénominations dans certaines régions d’Espagne (plaça en Catalogne, praza en Galice…). Il nous fait penser aussi au terme piazza en italien. Derrière ces appellations voisines, n’y aurait-il pas des similitudes de conception ? Mes nombreux souvenirs de places italiennes sont associés à des espaces en général très minéraux, et souvent (le plus souvent ?) au contact direct des bâtiments environnants. Il semble que ce soit également le cas avec les plazas espagnoles (voir l’exemple de Pontevedra, déjà évoqué ici). Dans « The Language of Towns and Cities », l’urbaniste Dhiru A. Thadani définit la plaza comme « centre de vie d’une communauté, pouvant servir de lieu de rassemblement ou de célébration d’événements ». Il note que la plaza est « habituellement ceinte par des façades de bâtiments » et qu’« une majorité sont minérales, avec peu ou pas de végétation, ce qui ne nécessite qu’un entretien minimal ».

L’équivalent de ces places existe bien sûr en France, en particulier dans les centres anciens. Toutefois, les pratiques d’aménagement urbain à partir du 18è siècle, et surtout au 19è siècle, ont fait évoluer la place publique vers un objet de prestige entouré de rues et autour duquel on tourne en voiture. Ce fonctionnement n’est pas des plus commodes pour le piéton, génère des nuisances (du bruit, en particulier) et décourage la fréquentation quotidienne. Il est intéressant de constater qu’en imposant dès les années 1950 la réalisation de plazas aux constructeurs de gratte-ciel, les Américains se sont remis à produire en quantité des lieux de vie sociale en pieds d’immeubles, renouant ainsi avec une vieille tradition européenne un peu perdue de vue. L’idée revient en Europe aujourd’hui, y compris en France où l’on s’efforce de remettre des places urbaines au contact direct des immeubles en enlevant ou en réduisant les voiries périphériques et le stationnement (cf la place Stanislas à Nancy, la place de la République à Paris…).

Photos du haut (auteur inconnu) : exemple de reconquête récente d’une piazza de Milan par les piétons. Janette Sadik-Khan, ancienne responsable des transports à la ville de New-York, nous apprend que « après avoir ouvert dix « plazas » (sic) en un an, les autorités milanaises ont reçu 65 demandes de quartiers qui veulent avoir la leur ».

Photo du bas : un exemple de « plaza » française dans le centre historique de Die (Drôme).

Date de l’article d’origine : 6 décembre 2019

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