En longeant l’Isar (2)

Après le Biergarten, c’est le moment de s’installer confortablement pour observer les gens. D’ailleurs, comme dirait W.H. Whyte, il n’y a rien de plus agréable que d’observer les gens, si ce n’est de faire des commentaires sur les gens. Comme partout, et selon ses affinités, on peut pratiquer le « girls watching » ou le « boys watching ». Les dames et messieurs de tous âges, souvent en tenue traditionnelle (Dirndl pour les dames, culotte de peau et mollets à l’air pour les messieurs), suscitent chez le touriste français des commentaires étonnés ou élogieux. Mais on peut aussi pratiquer le « bike watching », car on voit défiler ici un catalogue invraisemblable d’engins roulants, par exemple des vélos-cargos luxueux ou bricolés, bien pratiques pour transporter les enfants ou les caisses de bière. En observant attentivement ce qui se passe dans les prairies, on remarque que les autochtones s’y connaissent en jeux à boire. L’un d’eux consiste, pour deux équipes se faisant face, à tenter de faire tomber une bouteille de bière placée au centre. Les perdants doivent vider une canette, et ainsi de suite, mais les Munichois savent se tenir et le parc reste d’une propreté impeccable.

Un peu plus loin se trouvent un étang et une rivière, avec encore un Biergarten au bord de l’eau, et là le compteur des valeurs de sociotope explose. Activités nautiques, jeux d’enfants, observation  des oiseaux, lecture à l’ombre, « kissing places » aux endroits les plus « romantisch », on trouve absolument tout ici, sauf les grillades, qui semblent interdites par le règlement. Seule ombre au tableau, une voie rapide coupe le parc dans ce secteur, mais un panneau annonce qu’il est prévu de la couvrir entièrement et de rétablir la continuité du parc. Un peu plus loin, un promontoire artificiel offre un panorama sur l’immense prairie qui s’étend jusqu’au centre-ville. On se croirait à Central Park, mais ce sont des clochers d’églises et non des gratte-ciel qui dépassent à l’horizon. La prairie ne cesse de se remplir de familles et de groupes d’amis, majoritairement venus à vélo. Un loueur de chaises longues permet de s’installer confortablement au soleil. Enfin, à l’extrémité du parc, une foule compacte est massée au bord de la rivière. Les gens observent des surfeurs, qui à longueur de journée effectuent des évolutions acrobatiques sur un bras de rivière de quelques mètres de large, à un endroit où le fort courant passant sur un seuil engendre une vague très cambrée.

L’Englischer Garten est-il un parc vraiment « inclusif » ? Oui, au regard de la proportion équilibrée des sexes et des âges. Mais pas tellement, si l’on prend en compte les origines ethniques des usagers. On ne retrouve pas ici la diversité qui caractérise le reste de la ville. Ce parc a un petit côté BCBG qui ne dit sans doute pas tout des rapports des habitants à leur environnement extérieur. Nous allons voir qu’en longeant encore la vallée de l’Isar, mais de l’autre côté du centre-ville cette fois, on rencontre d’autres publics et d’autres pratiques.

Date de l’article d’origine : 13 mai 2019

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