La vie sociale des petits espaces urbains : la rue (1)

(Suite de la traduction de « The social life of small urban spaces », par W.H. Whyte, publié en 1980)

Maintenant, nous en arrivons à l’espace-clé pour une plaza. Il n’est pas sur la plaza : c’est la rue. Les autres aménités que nous avons évoquées sont certes importantes – les lieux pour s’asseoir, le soleil, les arbres, l’eau, la nourriture… Mais elles peuvent être ajoutées, tandis que la relation à la rue est totale, et c’est de loin le facteur le plus déterminant.

Une bonne plaza commence au coin de la rue. Si c’est un coin animé, il a déjà sa propre vie sociale. Les gens ne vont pas se trouver là juste pour attendre de pouvoir traverser. Certains vont être engagés dans une conversation, d’autres seront dans une phase d’au-revoir prolongé. S’il y a un vendeur à ce coin, des gens vont s’agglutiner autour de lui, et il va y avoir un flux considérable dans les deux sens entre la plaza et le carrefour.

L’activité sociale dans un carrefour est un grand spectacle, et un des meilleurs moyens d’en tirer le maximum, c’est encore de ne pas l’empêcher. Une position en première ligne est l’idéal, et si on peut s’y asseoir, c’est là qu’il va y avoir le plus de monde. Trop souvent, malheureusement, il n’y a pas moyen de s’asseoir et quelquefois, il s’en faut de si peu que c’en est enrageant : il suffit d’un simple barreaudage au-dessus d’une assise. Au General Motors Building sur la 5è Avenue, par exemple, la corniche de devant borde une des meilleures scènes sociales. Elle serait éminemment asseyable si seulement on n’y avait pas mis un barreau, placé exactement à 14,5 cm du rebord. Cinq centimètres de plus, et vous pouviez vous y asseoir confortablement. Les corniches inclinées présentent des difficultés similaires, surtout quand elles vont avec des buissons épineux.

Un autre facteur clé pour la rue, c’est la présence de magasins de détail, de devantures, de signes qui attirent l’attention, de portes d’entrée, de gens qui entrent et sortent. Les grands immeubles de bureaux ont éliminé les magasins. Ils les ont remplacés par des parois de verre à travers lesquelles vous pouvez deviner des employés de banque à leur bureau. Une seule de ces sections de rue est déjà suffisamment ennuyeuse ; leur succession, bloc après bloc, crée impression de déprime écrasante. L’Avenue des Amériques [la 6è Avenue] a tellement de plazas vides de commerces que les rares bouts de rue ordinaire qui y subsistent en deviennent carrément attirants.

Photo : coin de rue à Manhattan.

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