« How to turn a place around » : revoici le rond-point !

J’ai reçu hier la nouvelle version de « How to turn a place around », le manuel de réhabilitation des espaces publics édité par l’association américaine PPS (Project for Public Spaces). Cet ouvrage est dédié à notre cher William H. Whyte et s’achève sur une citation de lui. Nous y reviendrons, bien sûr, mais je rappelle que W.H. Whyte a défini il y a une cinquantaine d’années les ingrédients d’un espace public réussi. Il déclarait ainsi que « si vous voulez qu’un espace marche bien, mettez-y de quoi manger », et soulignait l’importance d’offrir des toilettes, le lien fonctionnel avec la proposition précédente étant assez évident. Or, voici que nos Gilets Jaunes nous apportent une illustration magistrale de ces principes fondateurs, par leur capacité à transformer un rond-point routier en un lieu d’intenses interactions sociales.

Même si « How to turn a place around » n’a pas du tout le même sens que « How to turn around a place » (la première phrase signifie « comment transformer un lieu » en retournant sa situation, ou si vous préférez « en le mettant cul-par-dessus-tête »), l’image du rond-point n’est pas loin. En l’occurrence, notre propos au sujet du rond-point est de savoir « How to turn around a place around which you turn », vous suivez ? On imagine le parti qu’un Raymond Devos aurait pu tirer de cette figure, mais Ouest-France du 12 décembre (voir ci-contre) nous ramène à des considérations plus pratiques, car nous y apprenons que grâce à l’inventivité desdits GJ, un anonyme rond-point des Herbiers (Vendée) est devenu un des meilleurs sociotopes du moment.

Jugez plutôt : « Le campement a des airs de guinguette (…). A l’entrée, un feu brûle dans un bidon, alimenté par un important stock de bois amassé derrière la cahute. Et à l’intérieur de celle-ci, un banc construit sur place, une table, une chaise de camping et de nombreuses victuailles. Ici, on prend son café, on mange des viennoiseries, on se réchauffe, avant de retourner à la barrière de péage. Midi et soir, le barbecue est sorti pour faire griller la viande (…). Dernière installation en date, des toilettes sèches à l’arrière du campement. « Ça commence à faire un moment qu’on est là. Jusque là, on allait dans les buissons. Pour les hommes, c’est simple, mais les femmes commençaient à râler (…). Il n’aura fallu que trois planches en bois, un seau et de la sciure ». L’article nous apprend également que des liens se sont créés, que des couples se sont formés, et qu’il est même prévu d’organiser un mariage sur place.

C’est tout à la fois « L’an 01 » imaginé par Gébé en 1973, le principe « Lighter / quicker / cheaper » en action, la frugalité heureuse, la décroissance en marche grâce aux palettes et aux toilettes sèches… Il ne reste plus aux porteurs de chasubles qu’à valoriser leur savoir-faire pour promouvoir les techniques de Placemaking dans leurs communes, avec l’aide des bonnes recettes de « How to turn a place around ».

Date de l’article d’origine : 13 décembre 2018

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