« Fake wiews » : les espaces publics du rêve à la réalité

Sous le titre « Fake views : le contraste entre les images de synthèse et la réalité », la revue suédoise en ligne « Architeckturupproret » a publié le 6 juin un article édifiant qui commence comme suit : « Un soleil radieux, des enfants qui jouent, une verdure omniprésente, des nouveaux quartiers urbains avec une faune plus riche que l’arche de Noé : nous avons tous vu ces images de synthèse qui promettent un environnement idyllique mais qui aboutissent à un cauchemar visuel. Voici quelques exemples de ces dernières années ».

Nous avons tous vu de telles images, et il est intéressant de constater que lorsqu’il s’agit de faire la promotion de n’importe quel ensemble immobilier ou projet urbain, les communicants au service de l’aménageur (et bien souvent les architectes eux-mêmes) déploient un réel talent pour produire des simulations visuelles pleines de verdure, d’enfants, de promeneurs et de cyclistes, comme si ces représentations étaient supposées séduire et faire vendre. Et nous aussi, nous pouvons constater une fois le projet réalisé que les parkings ont bien souvent remplacé la verdure et qu’on ne voit pas tellement d’enfants jouer ni de cyclistes en balade. Les aménageurs pourraient au moins avoir l’honnêteté, comme les fabricants de plats préparés, d’adjoindre à l’image la mention « suggestion de présentation », car chacun sait que l’aspect de l’assiette ressemble rarement à la photo de l’emballage.

Il serait intéressant de se demander si de telles dérives résultent nécessairement d’une tromperie volontaire sur la marchandise, ou si ce n’est pas (aussi) une affaire de ratés ou de maillons faibles dans la chaîne de production urbanistique. Cette longue chaîne, qui va du plan d’urbanisme jusqu’au projet réalisé dans son environnement fini, implique une multitude d’étapes et d’acteurs, et à chaque étape il peut exister des risques de dérapages entre les belles idées initiales et la réalité finale. L’idée à première vue déprimante  selon laquelle « le ratage est inéluctable » me semble en réalité très productive si elle oblige à se demander à quelles étapes et pour quelles raisons il risque d’y avoir des dérapages. C’est un exercice auquel j’ai essayé de me livrer la semaine dernière lors d’exposés publics sur « la boîte à outils du PLU » (image du bas), en montrant avec des exemples comment des orientations d’aménagement et de programmation (OAP) peuvent être tenues en échec, soit par mauvaise volonté ou défaut d’exigence, soit parce qu’elles portent en elles-mêmes les germes de leur échec, particulièrement en ce qui concerne les espaces verts et les cheminements pour piétons et cyclistes.

Photo : auteur indéterminé, extraite de l’article. Image du bas : document JP Ferrand.

Date de l’article d’origine : 20 juin 2018

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