Des sociotopes en Norvège ?

Bien que proche de la Suède, « berceau des sociotopes » comme nul ne l’ignore, la Norvège ne semble pas s’être signalée par des recherches ou des actions particulières dans le domaine des espaces publics. Il est vrai que dans ce pays froid et pluvieux, où l’autochtone n’a pas la réputation d’être particulièrement bavard, le rapport aux espaces publics peut paraître assez lâche. Voyageant en Norvège du Nord en 1977 et 1978, j’avais été frappé, comme d’autres visiteurs français j’imagine, par la quasi-absence de lieux de rencontre à ciel ouvert, ceux-ci étant souvent réduits, en dehors des rares villes, à un morne kiosque à saucisses posé à un carrefour central. Pas de cafés non plus, ce n’était pas dans une culture marquée par un certain rigorisme luthérien. Au surplus, les Norvégiens avaient une propension marquée à construire leur maison le plus loin possible de celles des autres, étant manifestement plus soucieux d’avoir leur quai et leur bateau devant leur maison que de pouvoir échanger commodément avec leurs congénères. Cela produisait des formes d’urbanisation extrêmement lâches et étirées le long des routes et de la mer.

Visitant Bergen en 2007, j’ai été amené à réviser mon point de vue. Bien que cette ville soit l’une des plus arrosées d’Europe, elle possède de superbes espaces publics qui se remplissent à la première éclaircie, ainsi que maintes terrasses de cafés et de restaurants prises d’assaut en fin de semaine. Les choses avaient-elles déjà changé en vingt ans, ou cette ambiance était-elle spécifique à cette ville, réputée particulièrement attrayante et animée ? Il est probable que la Norvège n’échappe pas à la « méridionalisation » des modes de vie, spectaculaire et bien documentée dans les autres pays nordiques (Danemark et Suède en particulier) où les terrasses en plein-air connaissent un succès inimaginable il y a quelques décennies. L’urbaniste danois Jan Gehl aime d’ailleurs à rappeler ces braves « réalistes » qui, dans les années 1960, ne voyaient pas l’intérêt de rues piétonnes à Copenhague au motif que la vie à l’extérieur n’était pas dans la culture locale. De même qu’à Oslo, Stockholm ou Helsinki, des quantités de gens pédalent sous la neige, de même on y voit des gens s’enrouler dans des couvertures pour le plaisir d’un café et d’une conversation en plein-air.

Dans une semaine, je retourne à Tromsø, 40 ans après ma première visite. Entre temps, la ville est passée de 40 000 à 70 000 habitants et il va être intéressant de voir ce qui a pu changer dans le rapport des habitants aux espaces publics, sachant qu’il y neigeait encore la semaine dernière. Des nouvelles de ces observations durant la seconde quinzaine de juillet.

Photos : en haut, le port d’Årviksand (138 habitants) en 1978 ; au centre, le port de Bergen en 2007 ; en bas, paysage norvégien sur le plateau du Hardanger entre Bergen et Oslo.

Date de l’article d’origine : 15 juin 2018

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