La vie sociale des petits espaces urbains : les espaces pour s’asseoir (9)

(suite de la traduction de « The Social Life of Small Urban Spaces », de W.H. Whyte)

Les bancs

Les bancs sont des objets dont la fonction est d’orner les photos d’architecture. Ils ne sont pas si bien que ça pour s’assoir. Il y en a trop peu ; ils sont trop petits ; ils sont souvent trop distants les uns des autres, ou trop éloignés de ce qui peut se passer sur une plaza. Pire encore, les architectes tendent à dupliquer le même module d’une plaza à l’autre, même si ça n’a pas bien marché au premier endroit. Ainsi, les plazas Harrison et Abramowitz au Rockefeller Center sont excellentes à maints égards, mais le modèle de banc qui y a été installé est délicieusement mauvais dans ses dimensions – 2,30 x 0,50 m. Un rectangle plus vaste fonctionnerait beaucoup mieux, comme le prouvent des bancs fonctionnels dans les alentours.

Les obstacles technologiques à un meilleur dessin des bancs ne sont pas insurmontables. La spécification la plus essentielle, à savoir que les bancs doivent être généreusement dimensionnés, est la plus facile à satisfaire. Des dossiers et des accoudoirs sont des accessoires qui ont fait leurs preuves ; le bon vieux modèle des parcs publics reste parmi les préférés, parce qu’il procure tout cela. Les architectes ont su s’y prendre avec les chaises, mais pour une raison obscure ils se sont plantés avec les bancs. Le pire, c’est lorsqu’ils figent leurs designs de bancs dans une permanence bétonnée. Si certains de leurs présupposés se révèlent faux – par exemple, s’il apparaît que les gens veulent s’assoir à un autre endroit, il sera trop tard pour pouvoir y faire grand-chose. Cela a été un problème avec des quantités de mails piétonniers, où tous les dessins ont été faits avant qu’ils soient ouverts. Si certains des sièges ne sont pas utilisés, il n’est pas très simple de tenir compte de la leçon – ni même, à vrai dire, de reconnaître qu’il y en ait une.

Pourquoi ne pas expérimenter ? Certains aménagements, comme les corniches ou les marches, sont fixes, mais les bancs et les chaises n’ont pas besoin de l’être. Avec de solides bancs en bois, ou l’équivalent, on peut faire quelques recherches simples pour voir quels genres de localisations ou de dispositions fonctionnent le mieux. Les gens ne tarderont pas à vous le faire savoir. Et on verra vite dans quel sens il faut faire des changements.

Mais il faut observer… et voilà le hic. Vous verrez rarement un projet d’espace public qui intègre ne serait-ce que l’éventualité qu’une portion de celui-ci ne fonctionne pas très bien. Cela ferait appel à l’expérimentation, et à l’évaluation a posteriori pour voir ce qui marche ou non. Les espaces existants connaissent le même sort : il en est peu qui ne pourraient pas être sérieusement améliorés, mais il est rare qu’on les évalue. Les gens responsables de l’endroit sont ceux qui ont le moins de chances de s’en préoccuper.

Photo prise dans une rue de Berne. Vous pouvez acheter ce fauteuil de style « brutaliste » chez Sotheby’s pour 15 à 25000 €, puis le déposer dans un espace public de votre choix pour voir si les gens s’y trouvent bien. Guère de risques en tout cas qu’un passant l’emporte sous son bras pour le mettre dans sa véranda.

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