La vie sociale des petits espaces urbains : les espaces pour s’asseoir (10)

(suite de la traduction de « The Social Life of Small Urban Spaces », de W.H. Whyte)

Les chaises

Maintenant, une invention formidable : la chaise amovible. Ayant un dossier, elle est confortable, et même encore plus avec des accoudoirs. Mais le gros avantage, c’est qu’on peut la déplacer. Les chaises élargissent le choix : se mettre ou soleil ou à l’ombre, former des groupes ou s’en écarter. La possibilité du choix est aussi importante que son exercice. Si vous savez que vous pouvez vous déplacer quand vous le voulez, vous êtes davantage porté à rester au même endroit. C’est sans doute pourquoi, avant de s’assoir, les gens déplacent si souvent la chaise à droite et à gauche avant de la remettre à peu près là où elle était au départ. Ces déplacements ont cependant une fonction : ils sont une déclaration d’autonomie à soi-même, et cela fait plutôt plaisir.

Des petits mouvements disent des choses aux autres gens. Si un arrivant choisit une chaise près d’un couple ou d’un groupe, il y a des chances qu’il fasse des mouvements compliqués. Là encore, il est possible qu’il ne déplace pas beaucoup la chaise, mais il porte un message : « Désolé de me mettre près de vous, mais il n’y a pas de place ailleurs, et je vais respecter votre intimité comme vous allez le faire avec moi ». Un mouvement réciproque d’une autre personne peut s’ensuivre. Observer ces exercices de civilité est en soi un des plaisirs offerts par un bon endroit.

Les sièges individuels fixes ne sont pas bons. Ils relèvent de la vanité esthétisante : brillamment peints et artistement groupés, il font de jolis éléments décoratifs : des causeuses en métal, des chaises rotatives, des cubes de pierre, des souches d’arbres… Mais on ne peut pas les bouger, et c’est là le problème. La distance sociale est une mesure subtile, toujours changeante, mais les distances entre sièges fixes ne changent pas, c’est pourquoi ceux-ci conviennent rarement à qui que ce soit. Des causeuses peuvent convenir à des amoureux, mais elles sont trop proches pour des connaissances et beaucoup trop proches pour des gens qui ne se connaissent pas. Les gens seuls tendent à les prendre pour eux mêmes, plaçant leurs pieds carrément sur l’autre siège de peur que quelqu’un ne s’y assoie.

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