Cartographier les odeurs

Nous avons déjà parlé ici des odeurs dans l’environnement urbain (voir Les odeurs dans l’espace public). Voici maintenant que l’on se met à cartographier la nature et l’intensité des odeurs caractéristiques d’un environnement urbain. Vous pouvez voir ici des exemples de travaux réalisés par Kate McLean, qui a développé cette approche ces dernières années. Ainsi, pour la ville de Newport, USA, neuf types d’odeurs ont été identifiés et cartographiés (entre autres : océan, roses, bars à bière, crème solaire, foin coupé, genévrier, pâtisseries, appâts à homards…). La carte ci-contre, qui présente les « blocs » les plus odorants de New-York, localise des odeurs d’eaux stagnantes, de sciure de bois, de poisson séché, de chou, d’huile de vidange, de climatiseurs, d’ordures, de pelures d’oranges ou de parfums bon marché. On aurait peut-être pu y ajouter l’odeur de graillon rance qui semble imprégner les trottoirs de certaines grandes villes américaines.

Dans les bas-quartiers anciens d’une petite ville française, on pourrait de la même manière relever les odeurs de pipi de chat et de vieux murs humides, les exhalaisons de caves, les remugles d’eaux usées, les senteurs vaseuses et herbeuses de la rivière paresseuse, mêlées au parfum d’un rosier dépassant d’un mur, aux bouffées d’odeurs de croissant chaud émanant de la boulangerie du coin, aux effluves de Ricard flottant autour du bar des Sports, relevées de discrètes notes de vieille urine et de mégot froid. Chacun de nous garde en mémoire ces expériences sensorielles riches et marquantes, et pourtant, on doit constater que l’odorat demeure un sens sous-estimé, voire méprisé, en matière d’analyse urbaine.

Nous avons donc là de quoi enrichir encore la pratique des marches d’exploration urbaine, qui se sont beaucoup développées depuis la première version de cet article (juin 2013). Au-delà du simple plaisir de la découverte, il y aurait matière à croiser les cartes d’ambiances olfactives avec d’autres données (ambiances sonores, trafic routier, trame verte, degré d’intégration des rues…), ce qui permettrait certainement de voir émerger des zones de qualité sensorielle riche ou pauvre.

Illustration : Kate Mc Lean. Date de l’article d’origine : 2 avril 2016.

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